Turbines GE : les bonimenteurs du produisons français09/02/20222022Journal/medias/journalarticle/images/2022/02/P12-1_Belfort_lors_dune_manifestation_C_LO.jpg.420x236_q85_box-197%2C0%2C703%2C285_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Turbines GE : les bonimenteurs du produisons français

Sept ans après le rachat par General Electric (GE) de la branche énergie d’Alstom, le groupe américain vient d’annoncer qu’il revend à EDF le secteur des turbines à vapeur. Quelque 3 000 travailleurs sont ainsi vendus avec les machines.

Illustration - les bonimenteurs du produisons français

En 2014, sous la présidence de Hollande, la vente d’Alstom énergie avait donné lieu à un jeu de bonimenteurs entre Montebourg, ministre du Redressement productif, et Macron, alors secrétaire général de l’Élysée. Montebourg s’opposait à cette vente, au nom du patriotisme économique, quand Macron prétendait défendre les intérêts d’Alstom. Le seul et vrai décideur était Bouygues, actionnaire principal, qui avait vendu ses parts au plus offrant, GE, capable de mettre 12,5 milliards d’euros sur la table.

Aujourd’hui, Macron est à l’Élysée et il présente le rachat des turbines à vapeur par EDF comme un acte de souveraineté nationale, calculé pour développer la filière nucléaire française.

Le mastodonte GE, mis en difficulté à la Bourse, est engagé dans une vaste opération de dépeçage. Il cherche à revendre les secteurs moins rentables ou hors de son cœur de métier, comme la branche Geast, qui fabrique les turbines utilisées dans les centrales nucléaires. Depuis deux ans, des tractations discrètes se déroulent entre GE, la Caisse des dépôts et le gouvernement français afin qu’EDF rachète Geast pour un milliard d’euros. EDF, contrôlée à 80 % par l’État, a fini par y trouver son compte. Si des informations sur ces discussions ont filtré dans des journaux spécialisés, les travailleurs, les premiers concernés, n’ont jamais été ni consultés ni informés. Pas plus en 2014 qu’aujourd’hui leurs intérêts ne sont pris en compte.

En sept ans, GE a supprimé des milliers d’emplois en France, dont 1 200 à Belfort. Alstom, groupe français, en a supprimé à peu près le même nombre. Quant au rachat des turbines à vapeur par EDF, il ne protégera pas davantage les emplois. EDF, gérée comme une entreprise capitaliste qui doit dégager des profits, supprime des emplois et recourt massivement à la sous-traitance.

Si le rachat des turbines est surtout une réponse à l’offre de GE, la conversion de Macron à la relance du nucléaire ne résulte pas non plus d’une vision stratégique, comme il le prétend. Elle s’adressse aux grands groupes de l’énergie ou de l’automobile qui, pour prendre le virage de la transition énergétique du pétrole vers l’électrique, veulent être assurés d’en tirer des bénéfices fabuleux. Bruno Le Maire l’a avoué : « Nous prenons conscience […] que nous allons avoir besoin d’énergie décarbonée dans des proportions infiniment plus importantes que ce à quoi nous nous attendions. » En serviteur dévoué du grand patronat, il prend les devants, sachant que le nucléaire peut offrir un vaste marché à Bouygues, Vinci, Orano, Engie et tant d’autres capitalistes de la filière.

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