Grande-Bretagne : un désastre sanitaire13/01/20212021Journal/medias/journalnumero/images/2021/01/2737.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Grande-Bretagne : un désastre sanitaire

Contrairement aux dires de Boris Johnson, contraint de décréter un nouveau confinement le 4 janvier, la forte contagiosité du variant britannique du Covid-19 n’explique pas seule le fait que les hôpitaux soient actuellement submergés. C’est aussi et surtout le résultat des politiques de santé criminelles menées par Johnson et ses prédécesseurs.

Les chiffres en provenance du Royaume-Uni attestent d’un emballement alarmant. Le pays vient de franchir la barre des 80 000 décès causés par le Covid-19, et plus de 500 personnes en meurent chaque jour. Face à cette spirale, le reconfinement décrété par Johnson comprend la fermeture des établissements scolaires, universitaires, sportifs et culturels, des pubs et des restaurants, la limitation des déplacements hors du domicile, l’interdiction de regroupements hors de la bulle familiale, etc.

Ces mesures viennent tard, ne s’appliqueront que très lâchement dans le monde du travail et sont pour l’instant incapables d’endiguer la troisième vague, qui frappe de plein fouet le système de santé. Afin d’accueillir le flot des malades du Covid, des hôpitaux en sont réduits à annuler des opérations pourtant urgentes sur des personnes atteintes de cancer. Selon le gouvernement lui-même, au rythme où le virus progresse, les hôpitaux ne pourront pas tenir plus de quinze jours.

Si la situation vire au cauchemar, c’est la faute de la nouvelle souche, prétend Johnson. Certes, celle-ci est très contagieuse, ce qui peut expliquer la progression ultra-rapide, ces dernières semaines, des cas détectés outre-Manche. Mais que l’épidémie connaisse une troisième vague, que le virus mute, tous les spécialistes s’y attendaient. Alors, si le système de santé ne parvient pas à faire face à cette nouvelle phase, c’est pour des raisons qui n’ont rien de naturel, les unes récentes, les autres plus profondes, mais toutes liées à la gestion de la santé par des gouvernements bourgeois. Plus encore que le manque d’équipements, en partie compensé au fil des mois, le manque de personnel formé en nombre suffisant explique la saturation actuelle.

Depuis le début de la pandémie, les décisions de Johnson, comme celles de Trump ou de Macron, ont été guidées par le souci de préserver les intérêts de la bourgeoisie, la protection de la santé de la population passant après. Johnson a accumulé les gaffes dans sa politique sanitaire, démontrant à chaque virage son mépris social pour la classe ouvrière, tout en assurant aux capitalistes un soutien sans faille. Son gouvernement a ainsi versé au patronat des centaines de milliards de livres en aides directes ou indirectes, pendant que les hôpitaux et les maisons de retraite se débattaient avec les pénuries de personnel et de matériel.

Avec pour boussole la sauvegarde des intérêts capitalistes, Johnson a bien sûr poussé la production à continuer quelles que soient les conditions sanitaires, ce qui a contribué à créer les conditions d’une troisième vague dévastatrice. Le premier confinement, de sept semaines entre fin mars et fin mai, avait entraîné l’arrêt de bien des usines et chantiers, mais ce fut beaucoup moins le cas lors du second, de quatre semaines en novembre. Le virus a ainsi pu circuler facilement, avec encore moins de contraintes qu’en France. Même aujourd’hui, sous le troisième confinement, les lieux de production restent ouverts sans guère de précautions et sans que les ouvriers y soient testés, et surtout sans qu’ils aient leur mot à dire sur l’organisation du travail.

La faillite actuelle est donc tout sauf une surprise, en tout cas pour les travailleurs. Des semaines avant le reconfinement, des enseignants à Londres et ailleurs réclamaient que les écoles soient fermées, car le nouveau variant s’y répandait manifestement à grande vitesse. Mais pour Johnson, qui prétendait contre toute évidence que les écoles étaient sans danger, il n’en était pas question : il fallait qu’elles restent ouvertes pour que les parents puissent continuer à travailler. Tant pis si le personnel restait en sous-effectif, si les classes restaient entières et les masques facultatifs ! Aujourd’hui encore, les écoles continuent souvent d’accueillir jusqu’à 50 % de leur effectif normal, pour ne pas immobiliser les salariés classés essentiels, ce qui entretient les foyers de contamination.

Fin 2020, Johnson a bien tenté de redorer son blason en lançant sa campagne de vaccination avant la France et l’Allemagne, mais les moyens n’étaient pas vraiment là. Avant qu’une fraction notable de la population ait reçu ne serait-ce que la première injection, les dégâts auront été faits.

Malgré l’incompétence criminelle des gouvernants, la vie continue, bien sûr. Mais c’est bien parce que les travailleurs, qu’ils soient en première ou en deuxième ligne face au virus, ont fait depuis le début de la pandémie preuve d’un sens des responsabilités dont Johnson et les privilégiés sont pour leur part totalement dépourvus.

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