Allemagne : travailleurs précaires victimes du Covid01/07/20202020Journal/medias/journalnumero/images/2020/07/2709.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Allemagne : travailleurs précaires victimes du Covid

En Allemagne, dans l’énorme abattoir de l’entreprise Tönnies, en Rhénanie du Nord-Westphalie, plus de 2 000 ouvrières et ouvriers sur 6 700 sont contaminés par le coronavirus ; déjà une vingtaine sont hospitalisés. Tous les salariés ont été mis en quarantaine, et les 650 000 habitants des districts autour de l’usine sont reconfinés. Nul ne sait combien d’autres personnes ont été contaminées en dehors de l’abattoir.

Ailleurs dans le pays aussi, des habitants ont été mis en quarantaine forcée après la découverte de nouveaux foyers épidémiques, parfois à l’échelle de quelques immeubles surpeuplés de quartiers populaires, qui sont alors approvisionnés à domicile par des associations. Le mois dernier déjà, plusieurs centaines de salariés avaient été infectés par le virus dans des usines de découpe et de transformation de la viande. Le gouvernement avait fait mine de découvrir les conditions de travail et de logement exécrables, et poussé les hauts cris, en promettant de tout changer. Depuis, rien ne s’est passé, les grandes entreprises du secteur n’ont pris aucune mesure sérieuse.

Cette fois, l’ampleur du problème est encore plus grande. L’abattoir appartient à la plus grande entreprise européenne de transformation de viande, dont le principal actionnaire, C. Tönnies, est milliardaire. Jusqu’à récemment, il a obligé les ouvriers à travailler sans aucune protection, alors même que dans différents pays les abattoirs se révélaient très propices au virus. Il n’en a pas moins eu le cynisme d’affirmer que les responsables du cluster étaient les travailleurs qui, ayant rendu visite à leur famille en Roumanie ou en Bulgarie, en auraient ramené le virus.

Le ministre-président du Land de Rhénanie-du- Nord-Westphalie, Armin Laschet (CDU, centre-droit), lui a emboîté le pas, reprenant le même mensonge. Après des mois de fermeture des frontières, ces ouvriers, qui avaient enfin pu rendre visite à leur famille, se retrouvaient, de victimes du virus, sur le banc des accusés ! Laschet a soulevé un tel scandale qu’il a dû reculer. Depuis le début de la pandémie, il s’est illustré par ses propos fanfarons, réclamant l’assouplissement des mesures de précaution sanitaire et de distanciation, faisant en permanence pression, au nom de « l’économie », pour renvoyer les ouvriers au travail, quels que soient les risques.

La plupart des foyers de contamination des dernières semaines se sont déclarés dans des chantiers du bâtiment, abattoirs, entrepôts de livraison ou chez les ouvriers agricoles, des secteurs qui concentrent les plus précaires et les plus pauvres des ouvriers, avec une grande majorité de sous-traitants, travailleurs détachés et intérimaires. Les autres clusters ont été découverts dans les immeubles où sont entassés les plus pauvres. La partie la plus exploitée de la classe ouvrière paye aussi le plus lourd tribut au Covid-19.

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