Pologne : la droite cléricale veut tout le pouvoir28/12/20162016Journal/medias/journalnumero/images/2016/12/2526.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Pologne : la droite cléricale veut tout le pouvoir

Des milliers de manifestants étaient dans la rue en Pologne, les 16 et 17 décembre, à Varsovie et dans plusieurs grandes villes.

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase a été une suite d’incidents lors du vote du budget 2017. Celui-ci a eu lieu à huis clos, dans une salle du Parlement inhabituelle, où aucune liste de présence n’a été établie et sans aucun contrôle du vote. Le PiS, parti nationaliste clérical de droite dont est issu le président, et qui est majoritaire au Parlement, multiplie les provocations et a décidé de promulguer une loi limitant la présence de journalistes au Parlement, ce qui a fait encore monter d’un cran les protestations.

Dans la nuit du 16 au 17 décembre, le Parlement a été occupé par l’opposition, ne laissant la Première ministre Beata Szydlo et le président du PiS Kaczynski en sortir qu’à 3 heures du matin. Le 17 décembre, des manifestations en partie spontanées dans certaines villes, et appelées par l’opposition dans d’autres, ont encore eu lieu.

Depuis 2015, le PiS détient le pouvoir et multiplie les mesures et les lois rétrogrades. Il a notamment voulu supprimer toute possibilité de recourir à l’avortement, mais il a été contraint de reculer, suite aux manifestations monstres des femmes.

Mais il y a eu aussi toute une série de mesures destinées à bâillonner les médias, les intellectuels, l’opposition. Les journalistes des radios et télévisions d’État ont tous été licenciés, puis seuls ont été réembauchés ceux qui étaient favorables au gouvernement. Celui-ci a essayé de modeler le Tribunal constitutionnel (l’équivalent du Conseil constitutionnel français) pour le rendre plus malléable, ce qui a donné lieu à une longue procédure juridique toujours en cours entre le gouvernement et l’opposition. Les théâtres, les musées, les centres culturels suspects de non-allégeance au pouvoir ont perdu leurs subventions, ont vu leurs directeurs ou leur personnel licenciés.

L’histoire de la Pologne est aussi revue, en niant l’antisémitisme. Ainsi un historien d’origine polonaise, Jan Gross, décoré de l’ordre du Mérite pour son livre Les Voisins sur le pogrome de Jedwabne commis par des Polonais durant la Deuxième Guerre mondiale, est désormais présenté comme un affabulateur et sa décoration remise en question. Le droit de manifester vient d’être restreint, mais une priorité est accordée aux manifestations organisées par l’Église ou le gouvernement.

L’opposition, dirigée par la droite libérale, rejointe ou pas selon les moments par la gauche, manifeste donc contre ces mesures, accusant Kaczynski de dérive autoritaire, le comparant à Poutine, ce qui en Pologne est l’injure suprême. Mais, sans même parler de Poutine, il suffit à Kaczynski et à ses pairs de s’inscrire dans la tradition du Pilsudski des années trente et de bien d’autres dirigeants polonais.

La droite libérale voudrait faire oublier qu’elle a dans un passé récent, juste avant l’arrivée au pouvoir du PiS, voté le passage de la retraite à 67 ans et un certain nombre d’autres mesures appauvrissant la population travailleuse. Lorsque cette opposition libérale, soutenue par le syndicat Solidarnosc, est arrivée au pouvoir en 1989, avec la chute du mur de Berlin, elle a ligoté politiquement la classe ouvrière. Balcerowicz, inspiré par Thatcher, ministre de l’Économie, Kuron, ex-militant d’extrême gauche devenu ministre du Travail, ont mis en place la thérapie de choc, le redéploiement des capitaux occidentaux en Pologne. Ils ont ce faisant envoyé des centaines de milliers de travailleurs au chômage, aux soupes populaires, privatisé les logements sociaux, dépouillé les hôpitaux publics pour faire réapparaître un secteur privé de la médecine, accessible seulement aux riches, etc.

Que ce soit pour défendre ses conditions de vie ou les droits démocratiques, la classe ouvrière polonaise devra s’en souvenir et se méfier non seulement du gouvernement de Kaczynski, mais aussi de cette opposition qui voudrait se refaire une virginité.

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