Il y a quarante ans, août 1976 : le camp palestinien de Tell-el-Zaatar écrasé par les milices d’extrême droite libanaises07/09/20162016Journal/medias/journalnumero/images/2016/09/2510.jpg.445x577_q85_box-0%2C62%2C822%2C1128_crop_detail.jpg

Dans le monde

Il y a quarante ans, août 1976 : le camp palestinien de Tell-el-Zaatar écrasé par les milices d’extrême droite libanaises

Il y a quarante ans, le 12 août 1976, les combattants palestiniens du camp de Tell-el-Zaatar, installé à Beyrouyth-est, rendaient les armes après avoir résisté pendant deux mois aux milices chrétiennes d’extrême droite du Libanais Pierre Gemayel. Celles-ci rentrèrent dans le camp, tuant au moins 2 000 personnes et forçant les 15 000 Palestiniens survivants à fuir. Dès le lendemain, ce qui restait du camp fut rasé et, dans les jours qui suivirent, quatre autres camps subirent le même sort.

Cette attaque eut lieu un peu plus d’un an après la déclenchement de la guerre civile au Liban, qui opposa les milices chrétiennes maronites aux forces dites progressistes alliées des Palestiniens. Les milices de Gemayel purent écraser les fedayins palestiniens sans aucune opposition des troupes syriennes du dirigeant Hafez-el-Assad, entrées au Liban en prétendant faire office de médiatrices dans le conflit. La même indifférence au sort des Palestiniens se manifestait du côté des anciennes puissances colonisatrices, qui avaient pourtant créé toutes les conditions d’un conflit entre les peuples de cette partie du Moyen-Orient.

Chassés de leurs terres lors de la création de l’État d’Israël en 1948, les Palestiniens avaient trouvé refuge dans des camps installés en Jordanie et au Liban. Le nombre de réfugiés gonfla après la Guerre des Six Jours entre Israël et les États arabes, en 1967, quand la défaite de ces derniers amena les Palestiniens à fuir Gaza, le Sinaï et la Cisjordanie occupés. Quatre ans plus tard, en 1971, c’est un État arabe, la Jordanie, qui les chassa de son territoire. Le régime jordanien craignait que la présence de dizaines de milliers de fedayins résolus à se battre pour faire valoir leurs droits n’influence la population pauvre du pays et dirigea contre eux une violente répression, connue sous le nom de Septembre noir. Le dernier État arabe prêt à accueillir les Palestiniens chassés de partout restait alors le Liban.

Le nombre de réfugiés y passa de 100 000 à 250 000, soit près de 20 % de la population totale. Alors que la bourgeoisie palestinienne avait les moyens financiers de s’intégrer au sein de la population libanaise, les Palestiniens pauvres qui avaient tout perdu étaient répartis dans une quinzaine de camps aux abords des grandes villes, ne survivant qu’avec l’aide humanitaire d’organisations dépendant de l’ONU.

Cependant, les accords du Caire signés en 1969 entre Nasser et Arafat reconnaissaient aux Palestiniens le droit de s’organiser indépendamment du pays qui les hébergeait. Ils avaient ainsi recréé au Liban leurs organisations politiques (l’OLP de Yasser Arafat et le FPLP de Georges Habache) et militaires, assurant le fonctionnement des camps de réfugiés, maintenant peuplés par la seconde génération de Palestiniens qui étaient déterminés à prendre leur sort en mains. Ce faisant, ils constituaient un pôle d’attraction très fort pour toute une couche de Libanais pauvres que les multiples attaques entre Israël et les fedayins avaient chassés du sud et qui s’entassaient dans des bidonvilles aux portes des grandes villes, à côté des camps palestiniens. Des liens sociaux, politiques et économiques s’étaient tissés entre ces deux catégories de miséreux qui n’avaient à perdre que leurs chaînes.

Cela, aucune des forces politiques présentes au Liban n’était prête à l’accepter, même si elles se disputaient la domination sur le pays. De leur côté, les autres États arabes avaient montré, et plus particulièrement lors du Septembre noir, qu’ils ne bougeraient pas le petit doigt pour venir en aide aux Palestiniens.

Quant aux dirigeants palestiniens eux-mêmes, y compris pour les plus radicaux, leur but n’était pas de renverser l’ordre économique et social de cette « Suisse du Moyen-Orient » qu’était le Liban et d’ouvrir des perspectives révolutionnaires dans la région. Ils se limitaient au combat contre Israël, comptant sur le soutien des dirigeants arabes pour fonder leur propre État, se désintéressant du sort de la population pauvre libanaise. Par leur nationalisme étroit, ils privaient ainsi leur peuple de l’appui de frères de combats. Ils le laissaient aussi désarmé face à un régime comme celui de Hafez-el-Assad qui, tout en s’étant présenté comme un ami des Palestiniens, se montrait complice de leur écrasement.

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