La Réunion : fin des quotas sucriers et intérêts patronaux18/05/20162016Journal/medias/journalnumero/images/2016/05/LO2494.JPG.445x577_q85_box-0%2C24%2C312%2C429_crop_detail.jpg

Leur société

La Réunion : fin des quotas sucriers et intérêts patronaux

Dans l’île de La Réunion, les récentes élections de la Commission mixte d’usine (CMU) ont été l’occasion pour les deux principaux syndicats d’agriculteurs (CGPER et FDSEA) de poser à nouveau leurs revendications pour la revalorisation des revenus des planteurs de canne.

Ils réclament l’augmentation du prix de la tonne de canne payé par l’usinier, la société Tereos, qui est bloqué à 39,09 euros depuis des années. Ils demandent également la révision de l’écart technique, un coefficient minorateur appliqué sur la richesse en sucre, ainsi que le reversement d’une partie de la plus-value faite par l’industriel sur les co-produits de la canne, en particulier l’alcool. Ces revendications des planteurs sont reprises par le Parti communiste réunionnais, qui en profite pour relancer le débat sur le devenir de la filière canne à La Réunion.

À la veille de la fin des quotas sucriers et des prix garantis en Europe, prévue pour 2017, le PCR s’inquiète sur la possible disparition de la canne à La Réunion qui « aura des conséquences graves », en particulier pour les 18 500 salariés travaillant dans cette filière. Le Parti communiste tire la sirène d’alarme et réclame de l’État la constitution d’un « organisme permanent pour la sauvegarde de la filière canne-sucre, composé de représentants de l’État, de la région, du département, de l’Association des maires, des planteurs, des industriels, des ouvriers d’usine et des transporteurs ». Cet organisme aurait pour but de trouver des solutions pour le maintien de la culture de la canne dans l’île, à l’instar, dit le PCR, de la betterave en France.

Proposer que des représentants des patrons, de l’État et des travailleurs se mettent autour d’une table, pour discuter de leur prétendu intérêt commun, revient à demander aux travailleurs et aux petits planteurs de soutenir les usiniers, pour espérer maintenir leurs emplois et leurs revenus. Cela reviendrait à présenter Tereos comme une victime de la politique imposée d’en haut par l’Europe. Ce qui est totalement faux.

Cette réforme des quotas est, comme d’autres réformes avant elle, une tentative de réglementer la concurrence que les multinationales du sucre se livrent et où chacune cherche à supplanter l’autre. Cette fin des quotas sucriers, loin d’inquiéter ces gros groupes capitalistes, pourrait être en fait pour certains d’entre eux une véritable aubaine.

Depuis quelques années déjà, les groupes comme Tereos ou ses concurrents européens, Cristal Union et Südzucker, se sont préparés à cette échéance en réorganisant leurs productions de sucre et/ou en diversifiant leurs activités (par la production du bioéthanol, de l’amidon, etc.). Ils se sont rachetés ou ont fusionné, pour s’adapter à des marchés qu’eux-mêmes créent et façonnent selon leurs intérêts respectifs.

Avec la fin des quotas en 2017, les industriels projettent une augmentation de leur production en France, entre 10 et 20 % supplémentaires. Quant à la prétendue menace de la concurrence des pays dits à bas coût de main-d’œuvre, les capitalistes européens s’amusent à se faire peur. La plupart se sont d’ailleurs implantés sur d’autres continents (Afrique, Amérique du Sud et Asie pour Tereos), si bien que ces grands groupes ont bien plus de raisons de tirer profit de cette situation que de la craindre.

Pour autant, cette perspective qui peut être heureuse pour le groupe Tereos ne l’empêche pas de pousser des cris d’orfraie en appelant l’État français à la rescousse, autrement dit en quémandant des millions pour un prétendu manque à gagner après 2017. Son appel a été reçu cinq sur cinq par Hollande qui, pour Tereos Réunion, a promis 38 millions d’euros d’aides supplémentaires.

Nul doute que Tereos passera ce cap de 2017, il s’y est d’ailleurs préparé. En revanche, les petits planteurs et les travailleurs du monde agricole et des usines sucrières peuvent avoir des raisons de s’inquiéter. Leur avenir n’est pas dans le sillage de Tereos, comme on veut le leur faire croire. Et, si rencontres et réunions il doit y avoir, c’est entre les travailleurs et les petits planteurs, pour trouver les voies et les moyens d’imposer à l’usinier leur droit à l’emploi et le maintien de leurs salaires et revenus.

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