Allemagne : ceux qui rejettent les réfugiés, ceux qui les accueillent21/10/20152015Journal/medias/journalnumero/images/2015/10/2464.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Allemagne : ceux qui rejettent les réfugiés, ceux qui les accueillent

À Dresde, dans le Land de Saxe, situé en ex-Allemagne de l’Est, un rassemblement organisé le 19 octobre par le mouvement islamophobe PEGIDA a réuni plus de quinze mille participants. Face à l’extrême droite et aux manifestants anti-immigration, un nombre semblable de manifestants était venu montrer son soutien aux réfugiés.

On estime qu’en 2015, entre 800 000 et plus d’un million de réfugiés seront arrivés en Allemagne et y auront déposé une demande d’asile. L’introduction de contrôles aux frontières, à partir de la mi-septembre, n’a pas fait baisser le nombre d’arrivants, qui au contraire a augmenté jusqu’à 10 000 par jour en ce moment. Chaque jour, plusieurs trains spéciaux emmènent des réfugiés d’Autriche vers l’Allemagne.

Un peu partout dans le pays, dans les grandes villes bien sûr mais aussi dans les plus petites, une fois qu’il n’y a plus de logements disponibles, tout ce qui peut servir d’hébergement est pris d’assaut : gymnases, anciennes casernes, préfabriqués, immeubles vétustes dont la démolition a été stoppée in extremis pour y loger les nouveaux arrivants après rénovation... Des structures provisoires, comme les villages de tentes, sont apparus partout au cœur des villes ou sur les terrains de football. Pour donner une idée de l’ampleur du phénomène, dans une ville comme Essen, sept villages de tentes accueillent chacun entre 300 et 700 personnes. À Hardheim, petite commune de 4 600 habitants, il y a actuellement mille demandeurs d’asile, logés dans une ancienne caserne. Entre 600 et 800 migrants arrivent chaque jour dans la capitale, Berlin.

Certaines entreprises s’enrichissent bien sûr dans cette situation : ceux qui louent aux communes structures bâchées, douches mobiles et toilettes de chantier n’ont jamais fait autant d’affaires, les entreprises privées qui assurent la sécurité des hébergements d’urgence, ou encore des hôteliers. L’État fédéral qui, par la bouche de la chancelière Angela Merkel, expliquait ne pas transiger sur le droit d’asile, n’assume pas vraiment, de sorte que c’est aux États-régions (les Länder) et surtout aux communes, souvent surendettées, d’assumer en grande partie les frais d’hébergement, de nourriture et de scolarisation.

Les partis de droite CSU et AfD, qui se disent eurosceptiques, ont pris un cours radicalement réactionnaire et utilisent la situation pour se renforcer sur le dos des migrants. À Dresde, PEGIDA, mais aussi les néo-nazis du NPD, auparavant en perte de vitesse, ont repris du poil de la bête ces dernières semaines en exacerbant l’hostilité aux migrants. La tension se fait vive, avec des manifestants proches de l’extrême droite qui se radicalisent, menacent ou attaquent migrants, militants antiracistes et bénévoles, ou encore qui manifestent avec des potences pour signifier qu’il faut pendre notamment Angela Merkel. Même après l’attaque au couteau, le 17 octobre, d’un raciste contre la candidate à la mairie de Cologne, au cours de laquelle elle a été grièvement blessée, l’extrême droite se sent suffisamment dans l’impunité pour appeler au meurtre de tel autre maire considéré également comme pro-réfugiés.

À l’inverse, nombre de bénévoles qui partout et depuis plusieurs semaines, multiplient les initiatives pour apporter une aide efficace, donnent de leur temps, de leur argent et de leurs compétences pour aider et venir à la rencontre des migrants. Car ce soutien reste massif, au point que sans eux, en de nombreux endroits ce serait le chaos complet. À Berlin, ce sont des militants qui jour après jour trouvent de la nourriture, la préparent, la distribuent aux réfugiés pour qu’ils aient un deuxième repas quotidien ; d’autres prennent en charge avec les moyens du bord les soins médicaux de personnes dont beaucoup portent des traumatismes physiques et mentaux, ou sont malades après des mois de déplacements dans des conditions épouvantables. Certains donnent des cours, aident pour les démarches administratives, d’autres distribuent vêtements ou jeux. Il y a besoin aussi simplement de chaleur humaine, dans une situation où notamment des dizaines de milliers d’adolescents et d’enfants sont arrivés seuls dans le pays. Alors des travailleurs, des infirmiers, médecins, enseignants, sont là tous les jours, avant ou après leur travail, ainsi que des lycéens et étudiants, qui donnent d’eux-mêmes, apportent aide, idées et initiatives, et sans lesquels la situation serait incomparablement plus difficile.

Parmi ceux-là, beaucoup sont conscients de la nécessité de s’opposer à la démagogie xénophobe, et ils ont manifesté dans bien des villes, plus nombreux que l’extrême droite.

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