Syrie : les milices kurdes font reculer Daech24/06/20152015Journal/medias/journalnumero/images/2015/06/2447.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Syrie : les milices kurdes font reculer Daech

Les « unités de protection du peuple kurde » (YPG) ont enlevé la ville syrienne de Tal Abyad aux troupes de l’organisation État islamique (Daech). Cela pourrait avoir des conséquences importantes car cette ville frontalière avec la Turquie était le point de passage des armes, du pétrole et des recrues pour l’organisation djihadiste.

Mais cette victoire kurde reste fragile. En coupant la route qui mène de la frontière turque à la ville syrienne de Rakka, les milices kurdes menacent d’asphyxie la ville « capitale » de Daech. D’autre part, cette victoire militaire permet la jonction avec la ville kurde de Kobané qui avait été menacée par Daech. Mais le gouvernement turc voit d’un très mauvais œil cette extension de la zone tenue par les milices kurdes de l’YPG de Syrie.

Cette défaite militaire de Daech a été immédiatement commentée par le chef d’État turc, Recep Tayyip Erdogan qui a déclaré : « Ça n’est pas bon signe […] Cela pourrait conduire à la création d’une entité qui menace notre frontière ». Il faut croire que le gouvernement d’Erdogan se sent moins menacé quand c’est « l’entité » Daech qui contrôle effectivement la frontière turco-syrienne.

Pourtant, entre toutes les milices qui règnent sur un morceau ou un autre de la Syrie ou de l’Irak, des milices de Daech, aux milices des partis chiites irakiens, en passant par celles liées à Al Qaïda, celles des combattants kurdes sont de loin les moins rétrogrades. Dans la zone qu’elles dominent, elles prétendent par exemple imposer la parité stricte entre les sexes pour tous les postes à responsabilité. Mais ce n’est pas le genre de critère qui entre en ligne de compte pour Erdogan, ni pour aucun dirigeant des puissances de cette région du monde.

Si le régime syrien de Bachar al-Assad a conclu officieusement un pacte de non-agression avec les milices kurdes, c’est parce qu’elles s’opposent à Daech et à la Turquie, mais pas pour le droit des femmes ni celui des Kurdes. Tous raisonnent sur la base du principe : « l’ennemi de mon ennemi peut être un allié » quel qu’il soit. Quant aux grandes puissances, comme la France ou les États-Unis, elles sont les championnes de ce genre de calcul et toutes les milices présentes ont bénéficié de leurs manœuvres à une époque ou à une autre.

Pour les populations qui sont victimes de ce jeu de massacre, toutes les milices ne se valent pas. Le succès des milices kurdes de l’YPG apporte sûrement un soulagement, mais dans ce chaos généralisé, toute amélioration ne peut être qu’éphémère. Du moins tant que la région sera livrée aux manigances des régimes rivaux et des puissances impérialistes.

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