PSA Trémery : des aides à l’emploi pour ceux qui en suppriment01/04/20152015Journal/medias/journalnumero/images/2015/04/2435.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

PSA Trémery : des aides à l’emploi pour ceux qui en suppriment

Après des mois d’un cinéma bien orchestré, PSA a annoncé la construction d’une nouvelle ligne de fabrication de moteurs à essence à l’usine de Trémery en Moselle. Avec des aides conséquentes à la clef.

En novembre dernier, le journal Le Républicain lorrain titrait « PSA Trémery en difficulté ». Tout cela parce qu’il y aurait eu une prétendue concurrence entre l’usine de Vigo en Espagne et celle de Trémery en Lorraine pour produire un moteur essence turbo à trois cylindres. Le syndicat pro-patronal SIA, majoritaire à Trémery, était à la manœuvre.

Selon les élus du secteur, il manquait 20 millions d’euros dans la balance entre Trémery et Vigo pour que Trémery l’emporte. Un chantage organisé pour faire cracher les collectivités locales et les pouvoirs publics qui n’ont, paraît-il, plus d’argent pour les écoles, les trains ou les hôpitaux mais qui en trouvent, comme par miracle, pour subventionner un groupe privé qui vient d’annoncer 905 millions d’euros de bénéfices.

Le scénario était réglé comme du papier à musique.

Fin novembre, les élus proposaient de racheter 22 hectares de terrain inutilisés à PSA pour la somme de 6,6 millions d’euros – ce qui fait 300 000 euros l’hectare, 50 % plus cher que ce qui est mis en vente actuellement sur la même zone industrielle. Un terrain que PSA a dû avoir pour rien car l’usine s’est installée en 1979 dans le cadre de la reconversion de la sidérurgie sur ce qui n’était à l’époque que des terres agricoles.

Ensuite la Région a annoncé apporter 25 millions d’euros pour cette nouvelle ligne de fabrication, l’État devant apporter à peu près autant… pour un investissement annoncé par PSA de 60 millions.

Mais le plus beau est que cette prétendue concurrence avec l’usine de Vigo n’a sans doute jamais existé. Celle-ci est une usine d’assemblage de voitures et toute la politique de PSA est de spécialiser ses sites. Sans compter que Vigo, en Galice, tout près du Portugal, est très excentrée par rapport aux usines qui assemblent les moteurs dans les voitures. Et puis, surtout, de l’aveu même de PSA, construire de toutes pièces une ligne de fabrication de moteurs coûte environ 250 millions alors qu’à Trémery, PSA n’en aura que pour 60 millions, l’essentiel étant payé, si l’on en croit la presse locale généralement bien informée, par les fonds publics.

Quant aux emplois que ces aides publiques sont censées favoriser, plus de 1 100 ont été supprimés à Trémery en dix ans – il reste moins de 3 500 salariés qui fabriquent surtout des moteurs diesel. Le dernier investissement sur le site, une ligne de fabrication d’un moteur trois cylindres en 2011, censée créer 500 emplois, a tout juste permis le reclassement de 300 salariés venant d’autres secteurs de l’usine.

Au nom de l’emploi, des dizaines de millions de fonds publics sont attribués à un groupe qui fait des bénéfices… et supprime massivement des emplois. Voilà ce dont Hollande est venu se vanter à Trémery.

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