Valls, champion… de la montée du Front national11/03/20152015Journal/medias/journalarticle/images/2015/03/valls.png.420x236_q85_box-0%2C64%2C1322%2C808_crop_detail.jpg

Editorial

Valls, champion… de la montée du Front national

Illustration - Valls, champion… de la montée du Front national

« J’ai peur pour mon pays. J’ai peur qu’il se fracasse contre le Front national », « le FN à 30 %, c’est d’une extrême gravité pour notre pays », il est « aux portes du pouvoir », « il peut gagner les présidentielles de 2017 »…, a asséné Valls, pour finir par déclarer : « Il faut à tout prix faire en sorte que le Front national baisse. »

À travers ce morceau qui restera dans les annales politiciennes, Valls veut s’imposer comme LE champion de la lutte contre le FN, comme LE rempart contre le FN.

Au nom de la lutte contre le FN, il faudrait oublier le chômage, faire abstraction des reculs que le gouvernement a imposés à la condition ouvrière, se taire contre ses attaques antiouvrières et, comme un seul homme, aller voter pour le Parti socialiste. La ficelle est grosse.

Car, si le FN est aussi haut, à qui la faute ? Pourquoi le FN atteint une telle influence dans les quartiers populaires et dans les villes ouvrières qui jusque-là votaient pour la gauche ? Pourquoi une fraction de l’électorat populaire rejette-t-elle le PS au point de se jeter dans les bras du FN, le pire ennemi des travailleurs ?

Parce qu’à chaque fois que les socialistes accèdent au pouvoir, qu’ils soient ou pas flanqués des écologistes ou du PC, la même histoire se répète : des promesses électorales, la trahison presque dès le lendemain et une politique antiouvrière pendant cinq ans.

La politique de Hollande l’illustre. La loi qui permet de baisser les salaires et d’allonger le temps de travail au nom de la compétitivité, c’est lui. L’allongement de la durée de cotisation retraite, c’est lui. La loi Macron qui continue la casse du Code du travail, c’est lui. Et il nous parle encore de supprimer 22 000 postes dans les hôpitaux !

Valls a parlé d’endormissement du pays vis-à-vis du FN. Il confond l’endormissement et le dégoût de sa politique. Les électeurs tentés par le FN n’ont pas tous été pris d’une montée subite de racisme, ils se sentent trahis, déboussolés par ces « socialistes » qui n’en sont plus depuis longtemps.

Dans la réflexion « Il n’y a que lui que l’on n’a pas essayé » transparaît le désespoir de ceux qui ont cru en toutes sortes de charlatans et qui se disent que le dernier sur le marché ne peut pas faire plus de mal que les autres. Eh bien si, le vote FN peut faire plus de mal !

Le Pen se dit « anti-système », dans le sens qu’elle est contre le système politicien dominé par « l’UMPS » mais elle n’a rien contre l’ordre social capitaliste où une famille bourgeoise peut disposer de la vie de centaines de milliers de travailleurs. Et pour cause, les Le Pen eux-mêmes sont des bourgeois qui ont fait fortune sur le travail d’autres en héritant du groupe de cimenterie Lambert.

À entendre le FN, le chômage, les bas salaires, le manque de logements… tout est de la faute des immigrés. Pas un mot contre les licencieurs ou contre les spéculateurs ! Une telle démagogie fait de Le Pen la meilleure défenseure du patronat.

Le FN est un parti bourgeois comme le sont le PS et l’UMP, mais en pire, car la haine de l’étranger sur laquelle il surfe est un poison pour la société, et la politique à poigne qu’il annonce contre les immigrés se retournera contre tous les travailleurs.

Alors que les travailleurs ont besoin d’unité pour se défendre des attaques patronales, Le Pen veut les dresser les uns contre les autres en fonction de leur origine ou de leur religion. Demain, si elle en a le pouvoir, elle livrera les travailleurs les uns après les autres à la férocité patronale.

Le FN représente un piège mortel pour la classe ouvrière et il faut le combattre. Mais il faut le faire en combattant aussi ceux qui le fabriquent, c’est-à-dire le PS et la droite.

Les Hollande et Valls, les Sarkozy et Juppé gouvernent au profit d’une minorité de très riches. On ne les a que trop vus au pouvoir. Les travailleurs doivent et peuvent les rejeter en affirmant leurs intérêts de classe, en mettant en avant leur camp et leurs perspectives, celle non seulement de se battre contre l’exploitation quotidienne mais aussi de la supprimer.

Ce ne sont pas les divisions de la gauche qui font le lit du FN. C’est l’abandon par la gauche de l’objectif de renverser le capitalisme. Le FN surfe sur la résignation et l’abattement mais cela aura une fin car, par la force des choses, le patronat ne laissera d’autre choix aux travailleurs que de se battre pour sauver leur peau.

Loin des calculs électoraux, il faut montrer qu’il y a dans la classe ouvrière des femmes et des hommes qui connaissent la seule voie pour s’en sortir : renverser la minorité capitaliste pour l’émancipation de tous les exploités.

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