Le « compte pénibilité », trop pénible pour le patronat !31/12/20142014Journal/medias/journalnumero/images/2015/01/2422.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Le « compte pénibilité », trop pénible pour le patronat !

Le « compte pénibilité » commencera à être mis en place le 1er janvier 2015, après plus de dix ans de négociations. En fonction de leur exposition à des « risques » et du temps passé à des travaux « pénibles », les salariés « gagneront » des points qu'ils pourront utiliser pour demander des formations, pour travailler à mi-temps ou pour partir plus tôt à la retraite en compensation de la pénibilité du travail accompli.

Cela suppose de « mesurer » la pénibilité et d'établir des critères. C'est déjà choquant car l'objectif devrait être de supprimer ou du moins de réduire les travaux pénibles, non de se limiter à les quantifier. Les représentants du patronat de leur côté ont dénoncé cette mesure comme étant une « usine à gaz », mais le patronat a tout fait pour que ce texte soit délibérément compliqué, posant à chaque fois de nombreuses conditions, détaillant le poids, la position, le nombre d'heures pour pouvoir bénéficier de ces fameux points.

Finalement, dix « situations de pénibilité » ont été retenues et seules quatre d'entre elles seront prises en compte en 2015, le travail nocturne, en équipes alternantes de nuit, en milieu hyperbare, le travail répétitif. La prise en compte des six autres (la manutention de charges lourdes, les postures pénibles, le bruit, les vibrations, les températures extrêmes, l'exposition aux agents chimiques dangereux) est reportée à janvier 2016. Les critères choisis sont tellement restrictifs que bien peu de travailleurs pourront bénéficier de ce compte.

La CFDT avait fait de la reconnaissance de la pénibilité l'argument principal pour justifier son acceptation de l'allongement de la durée de cotisation ouvrant droit à une retraite entière. Finalement, dix années de négociations aboutissent à une coquille vide, qui préserve bien plus les profits patronaux que la santé des travailleurs.

Les reculs du gouvernement sur ce projet ne suffisent pas aux représentants patronaux qui persistent à exiger l'abrogation pure et simple de cette mesure. Un dirigeant du Medef a déclaré, sans craindre le ridicule que « sur le terrain, on entend les cris de désespoir, l'exaspération des patrons ». Mais il n'ignore pas que, comme à chaque fois, les patrons finiront par se faire entendre de Hollande.

Celui-ci s'apprêterait d'ailleurs à nommer une mission composée d'un parlementaire et d'un chef d'entreprise pour faire une évaluation de la mise en oeuvre du fameux compte. Cela ressemble à un premier signe annonciateur du recul. Un de plus !

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