Air France, grève des pilotes : Non au « low cost » salarial !17/09/20142014Journal/medias/journalnumero/images/2014/09/une2407.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Air France, grève des pilotes : Non au « low cost » salarial !

La grève des pilotes d'Air France est une des plus massives qu'ait connues la compagnie aérienne. Cela se voit : dès le premier jour, malgré le recours à des cadres non-grévistes, malgré le fait de sous-traiter certaines destinations à des compagnies alliées du groupement international SkyTeam, ou à ses filiales, Air France a dû annuler plus de la moitié de ses vols.

La direction de la compagnie a dressé contre elle les pilotes avec ce que cache bien mal sa décision de développer Transavia, sa filiale low cost, à coûts réduits. Air France, qui se plaint depuis longtemps de la concurrence des low cost comme Easyjet, a décidé de les affronter avec leurs propres méthodes : en réduisant ses coûts sur les court et moyen-courriers. Pour attirer la clientèle qui ne peut pas voyager au tarif fort, les compagnies abaissent par tous les moyens le prix affiché du billet. Côté passagers, cela signifie les entasser dans les avions, réduire les prestations à bord et multiplier les options payantes. Côté personnel, c'est tirer vers le bas les salaires réels : en allongeant les horaires, en supprimant des primes, en réduisant le personnel de bord, en multipliant les rotations qu'il doit effectuer...

S'agissant de « ses » pilotes, Air France a laissé entendre que les sacrifices qu'ils devraient consentir seraient à la fois inévitables et quasi indolores, comme l'a encore dit à la télévision, la veille de la grève, le PDG du groupe Air France-KLM. Sans convaincre, vu l'ampleur de la grève.

Les pilotes ne sont pas dupes des intentions d'Air France. Et d'autant moins que, depuis des années, tous les « plans » de la direction - tel le dernier en date, Perform 2020, qu'elle a présenté juste avant la grève des pilotes - ne visent qu'une chose : « Une forte hausse de ses profits », comme titrait le quotidien économique Les Échos du 12 septembre. Cela, en imposant des conditions de travail et de rémunération de plus en plus low cost à tous ses salariés : du bagagiste pratiquement au smic, de l'ouvrier de maintenance à peine moins mal payé, aux personnels commerciaux dont le salaire de base débute aux alentours du smic, même si des primes masquent un peu cette réalité. Il y a aussi les pilotes. Certes mieux payés, mais bien loin de tous gagner les sommes gonflées que la direction a fait filtrer dans la presse afin de discréditer cette grève, ils sont dans son collimateur.

Les mensonges de la direction d'Air France ont, comme d'habitude, trouvé l'oreille des médias. Mais certains syndicats n'ont pas hésité à faire chorus contre les grévistes. Ainsi la CFDT a accusé les syndicats de pilotes de chercher à éviter des sacrifices, en se moquant qu'ils retombent sur les autres catégories du personnel.

La direction de la CFDT ne manque pas de culot ! Ces dernières années, elle a été la première à signer tous les reculs qu'exigeait Air France, des « accords » qui ont fait pleuvoir des attaques sur les salaires, les horaires, les congés, les conditions de travail, les effectifs de toutes les catégories professionnelles de la compagnie.

Qu'Air France cherche à diviser pour mieux régner est dans l'ordre des choses patronal. Et que des syndicats, de pilotes ou de mécanos avions, veuillent isoler telle ou telle catégorie sur le terrain du corporatisme n'est pas pour déplaire à la direction de la compagnie. Il n'en reste pas moins que les pilotes dénoncent et combattent par leur grève une politique qui s'en prend à tout le personnel. Et il est réconfortant que, malgré les préjugés corporatistes qu'entretient la direction d'Air France, dans les ateliers, à Roissy ou à Orly, des ouvriers et techniciens, même s'ils commençaient par dire que les pilotes étaient des privilégiés, en venaient facilement à constater : « Au moins, ils se battent, eux » et « S'ils perdent, c'est nous qui allons en prendre plein la figure. »

Libération du 16 septembre a titré : « Grève, les pilotes seuls en piste. » De fait, la direction d'Air France se frotte les mains que d'autres de ses salariés ne soient pas appelés à combattre ses mauvais coups en même temps que les pilotes. Car la seule chose que cette direction n'aura pas volée, ce sera quand ses salariés lui présenteront, tous ensemble, la note pour tout ce qu'elle leur a pris depuis des années.

Et cela ne vaut pas que dans les aéroports. Partout, le patronat veut des salariés low cost et c'est tous ensemble que le monde du travail pourra lui faire rendre gorge.

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