Valls, c'est la cohérence... dans la défense des intérêts patronaux03/09/20142014Journal/medias/journalnumero/images/2014/09/une2405.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Editorial

Valls, c'est la cohérence... dans la défense des intérêts patronaux

Son premier gouvernement n'aura pas duré six mois avant que Valls n'en présente un nouveau. Débarrassé de ceux qui faisaient mine de le contester, muni d'un banquier millionnaire au poste de ministre de l'Économie, ce gouvernement vise à afficher encore un peu plus de cohérence... dans la défense des intérêts du patronat.

Valls et Hollande déclarent que, quoi qu'il arrive, ils poursuivront leur politique et qu'ils iront même « plus vite et plus loin ». Mais pour faire quoi ? Et pour réussir quoi ?

La crise, dont Hollande, Valls et les ministres successifs nous annonçaient la fin, est toujours là. La courbe du chômage, dont ils nous annonçaient « l'inversion », va toujours dans le même sens. Cela ne les empêche pas de dire que leur priorité absolue serait la lutte contre le chômage et pour la création d'emplois. C'est une très mauvaise plaisanterie.

Quand on lui parle de créer des emplois, le patronat répond que, d'abord, il faut la croissance de l'économie et que, pour cela, il faut lui faciliter la tâche. Il veut qu'on lui facilite les licenciements, qu'on allège ses impôts et ses obligations. Les gouvernements lui obéissent et puisent même dans les caisses de l'État pour le subventionner, comme le font Valls et Hollande avec leur « pacte de responsabilité ». Ils lui versent des dizaines de milliards, et c'est autant d'argent qui manque pour les dépenses utiles à tous, du logement aux transports et de la santé à l'éducation.

Évidemment, la seule croissance que cela apporte est celle des bénéfices du grand patronat. Mais, en fait, c'est bien celle-là qu'il demande et la seule qui l'intéresse. Peu lui importe de créer des emplois : au contraire, le chômage élevé est une opportunité dont il profite pour faire du chantage à l'embauche, pour imposer bas salaires et précarité... et pour réclamer encore plus de mesures en sa faveur.

Tout cela est une monstrueuse imposture. Mais ce que veulent Hollande et Valls, c'est d'abord convaincre le patronat qu'il peut compter sur eux pour la poursuivre. Le remaniement gouvernemental et les coups de menton de Valls sont aussi là pour le lui démontrer. Valls a ainsi pu aller à l'université d'été du Medef déclarer qu'il « aime l'entreprise », autrement dit les patrons, et se faire applaudir.

En appelant à soutenir cette politique entièrement destinée à la satisfaction du patronat, Hollande et Valls se moquent ouvertement des travailleurs. D'après eux, ceux-ci devraient accepter les licenciements et les fermetures d'entreprises pour les uns, l'augmentation des horaires et des cadences de travail pour les autres, la diminution des droits pour tous, sous prétexte d'aider l'économie à repartir !

En fait, Hollande et Valls savent très bien qu'eux et le Parti socialiste vont continuer à se discréditer auprès de leur électorat. Mais ils sont prêts à le faire jusqu'au bout, pour satisfaire le patronat.

De son côté, la fraction du Parti socialiste qui a été écartée du gouvernement, autour de Montebourg et de ceux qui se nomment les « frondeurs », est maintenant sur la réserve. Elle sait elle aussi que le gouvernement va continuer à subir un discrédit, mais espère éviter d'en être touchée. Elle voudrait même pouvoir prétendre d'ici un an ou deux, à l'approche de prochaines élections, qu'elle aurait eu une autre politique à défendre, qui aurait mieux marché. Mais laquelle ?

Montebourg ne dit rien contre la politique de subventions au grand patronat. Il fait diversion en s'en prenant à l'Allemagne, l'accusant d'imposer l'austérité, car il voudrait qu'en France l'État puisse faire plus de déficit. Montebourg voudrait pouvoir consacrer encore plus d'argent à aider le grand patronat, mais cela aussi serait payé, d'une façon ou d'une autre, par les classes populaires.

Ce n'est pas de ce côté-là que les travailleurs peuvent chercher un sauveur. Bien sûr, c'est encore moins du côté de la droite, qui n'a rien d'autre à proposer, ni de l'extrême droite de Le Pen, qui derrière ses discours ne fait que proposer la même chose, si possible en pire.

Alors, comme le dit L'Internationale, il n'y a pas de sauveur suprême. Ce gouvernement, comme les précédents, est l'ennemi déclaré des travailleurs, le soutien déclaré du patronat et, pour défendre leurs intérêts, les travailleurs ne peuvent compter que sur eux-mêmes. En réalité, c'est beaucoup car, à condition de savoir s'organiser et lutter tous ensemble pour leurs intérêts vitaux, ils peuvent représenter une force invincible. Il est urgent pour eux de s'en servir.

Éditorial des bulletins d'entreprise du 1er septembre

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