Un prédécesseur de Valls... : Juppé et son plan de 199523/04/20142014Journal/medias/journalnumero/images/2014/04/une2386.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Un prédécesseur de Valls... : Juppé et son plan de 1995

Dès ses premières déclarations, Manuel Valls a voulu afficher sa détermination à faire payer l'austérité par les classes populaires. Ce n'est pas sans rappeler un Premier ministre de droite, un certain Alain Juppé qui, en 1995, se déclarait « droit dans ses bottes » pour imposer à la hussarde une réforme de la Sécurité sociale, mais qui dut en rabattre face à une grève générale de la fonction publique.

L'élection de mai 1995 avait conduit Chirac à l'Élysée et Juppé à Matignon d'où, dès le mois de septembre, il annonça le gel des augmentations des salaires des fonctionnaires. Toutes les organisations syndicales de fonctionnaires appelèrent à la grève pour le 10 octobre.

Le 15 novembre, Juppé présentait son plan. Il prévoyait de remettre en cause les régimes spéciaux de retraite (fonctionnaires et fonction publique) et de faire passer à 40 annuités les retraites du secteur public. Sept fédérations de fonctionnaires appelèrent à la grève pour le 24 novembre. Il y eut des millions de grévistes et un demi à un million de manifestants. Entre temps, Juppé avait déclaré que son gouvernement ne tiendrait pas si deux millions de personnes descendaient dans la rue.

Une nouvelle manifestation fut appelée pour le 28 par FO et la CGT. Dès lors, il n'y eut plus de métros, ni trains, peu de bus et la grève touchait les centres de tri postal. Le 5 décembre, premier recul, Juppé s'affirmait « ouvert » sur les régimes spéciaux. Le même jour, 700 000 manifestants étaient dans la rue. Le 10 décembre, deuxième recul, Juppé renonçait à toucher à la retraite à 50 ans des roulants de la SNCF. Et le 11, il renonçait à changer le mode de calcul des pensions des employés de la SNCF et de la RATP. En revanche, il utilisa la procédure du 49-3 pour imposer le RDS, nouveau prélèvement destiné à combler le déficit de la Sécu. Le lendemain, il y avait entre 1 million et 2 millions de manifestants. On approchait les chiffres que craignait Juppé -- c'était le « Juppéthon » ! Et le plan d'attaque de Juppé contre la retraite des fonctionnaires s'écroulait.

Le gouvernement Juppé ne tomba pas, mais le mouvement de novembre-décembre 1995 allait le paralyser pour toute la période suivante montrant que les centrales syndicales, quand elles en ont la volonté -- et elles l'avaient dans cette affaire parce que le gouvernement mettait aussi en cause leur place dans la gestion de la protection sociale -- peuvent mobiliser et convaincre des secteurs toujours plus larges de travailleurs à entrer en lutte en s'appuyant sur les plus déterminés. Et cette mobilisation peut mettre en échec tous les Juppé ou autres Valls, qui ne peuvent jouer les matamores que tant qu'il n'y a pas de riposte.

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