Nous avons la force de riposter à la provocation23/04/20142014Journal/medias/journalnumero/images/2014/04/une2386.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Editorial

Nous avons la force de riposter à la provocation

Le plan gouvernemental annoncé par Valls la semaine dernière est une déclaration de guerre aux classes populaires. 50 milliards d'euros pris dans la poche y compris des plus pauvres pour les donner aux plus riches ! Ce n'est pas d'aujourd'hui que Hollande fait sienne la guerre menée par le grand patronat contre les travailleurs. Il a repris la politique de Sarkozy. En pire, car la crise se prolonge.

Mais Valls a tenu à ce que cette guerre soit proclamée de façon spectaculaire. Entouré de quatre comparses du gouvernement, avec des mouvements de menton à la Sarkozy, devant les caméras de télévision il a pris à rebours les députés de sa propre majorité.

Il sait que l'économie prévue de 10 milliards sur l'assurance-maladie est une mesure abjecte. Comme le sont les économies supplémentaires sur l'assurance-chômage et les retraites complémentaires. Il sait que le gel des prestations sociales (retraite, famille et logement) aggravera la pauvreté qui monte. Il sait aussi qu'en prolongeant le blocage des salaires des plus de 5 millions de fonctionnaires de l'État, des collectivités locales et des hôpitaux, il s'en prend à une catégorie du monde du travail qui constitue pourtant sa base électorale. Mais il a tenu à montrer que même les intérêts électoraux de son parti, le PS, ne l'arrêteront pas pour exécuter les ordres du grand patronat.

Ce n'est pas la première fois que le PS accepte de se suicider électoralement pour mériter les bonnes grâces du patronat. Le concert d'approbations venant des milieux patronaux montre que, sur ce plan, il a réussi.

Satisfait d'avoir trouvé un homme politique affichant sa détermination à exécuter les ordres du grand patronat, Gattaz, président du Medef, en a profité pour proposer un smic au rabais pour les jeunes.

Mais, si Valls peut jouer à l'homme fort, c'est qu'il voit que ceux qui prétendent critiquer sa politique sont lamentables. À commencer par les parlementaires dits de la « gauche du PS ». Ces messieurs-dames se sont dits « humiliés » d'avoir appris le plan Valls par la télévision, comme tout le monde, sans avoir été consultés. Humiliés, ils n'ont poussé l'audace qu'à lancer une sorte de pétition à l'intention de ce Premier ministre, issu pourtant de leur parti, qui les prend pour les carpettes qu'ils sont.

Mais, du côté des dirigeants du PC et du PG de Mélenchon, c'est à peine mieux. Oh, ils dénoncent les mesures Valls, eux qui ont participé à l'élection de Hollande et qui pleurnichent aujourd'hui sur leur déception ! Mais ils s'alignent sur la gauche du PS, car leur ambition se limite à la détacher de Hollande pour pouvoir, tous ensemble, offrir à la bourgeoisie une « alternative de gauche », au cas où Hollande et Valls ne réussiraient pas à passer en force.

Ce n'est pas mieux non plus du côté des chefs des confédérations syndicales. La provocation de Valls aurait exigé une riposte immédiate. Ne serait-ce qu'un langage ferme, pour affirmer qu'il n'est pas question d'accepter les mesures Valls.

La grande masse des travailleurs ne serait pas prête à se battre contre ces mesures ? C'est l'éternelle excuse des bureaucrates pour dissimuler leur propre couardise. Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, est de ceux dont les déclarations l'illustrent le plus clairement, lui qui, critiquant Valls, lui reproche surtout de « porter atteinte à la cohésion sociale » ! Se lamenter sur la cohésion sociale, alors que la bourgeoisie et ses laquais politiques mènent une guerre ouverte aux classes exploitées, c'est jouer les avocats des exploiteurs. Et, à des nuances près, les autres confédérations sont sur la même longueur d'onde.

Ces gens-là se posent en représentants du monde du travail mais le trahissent, en commençant par leurs propres militants.

Tant que Valls n'a affaire qu'à des « hommes de gauche » complices et à des dirigeants syndicaux pleutres, les mouvements de menton lui suffisent pour passer pour un homme fort. Mais que l'on se souvienne d'un autre chef de gouvernement, Juppé, franchement de droite celui-là, qui déclarait être « droit dans ses bottes » pour attaquer la retraite des fonctionnaires en 1995... jusqu'à ce que le mouvement de grèves lui fasse ravaler sa morgue.

La classe ouvrière a la force et la possibilité de réagir à la provocation, d'imposer tout d'abord le retrait de toutes les mesures antiouvrières du plan Valls, et plus généralement de toutes celles prises avant et après l'accession de Hollande au pouvoir. Et si nous ne voulons pas être poussés vers la pauvreté, il faudra imposer bien d'autres choses au patronat et au gouvernement.

Éditorial des bulletins d'entreprise du 22 avril

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