Procès de l'hôtel Paris-Opéra : L'hébergement d'urgence, une honte !29/01/20142014Journal/medias/journalnumero/images/2014/01/une2374.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Procès de l'hôtel Paris-Opéra : L'hébergement d'urgence, une honte !

Jeudi 23 janvier, le jugement a été rendu dans le procès concernant l'incendie de l'hôtel Paris-Opéra. Cet incendie s'était produit en avril 2005 et avait fait 24 victimes, en majorité des femmes et des enfants.

La jeune femme qui, par colère, avait jeté la literie sur des bougies allumées a été condamnée à trois ans de prison. Le veilleur de nuit, ivre et drogué, qui n'avait pas donné l'alerte, à deux ans, dont un avec sursis. Le gérant, son père, a écopé de quatre ans, dont trois ferme, la justice ayant estimé qu'étant au courant de la toxicomanie de son fils, il n'aurait pas dû lui confier la garde de cet hôtel dont la surpopulation était « connue, recherchée et volontaire, dans un but lucratif ».

En louant des chambres vétustes et suroccupées dans cet hôtel social insalubre et dangereux, ce marchand de sommeil, comme tous ceux de son espèce, s'enrichissait sur le dos des plus démunis, en majorité des immigrés, souvent sans papiers, et qui n'ont pas d'autre choix pour trouver un toit, même si cela peut être au risque de leur vie.

Pour les propriétaires d'hôtels sociaux, l'hébergement d'urgence représente des rentrées d'argent assurées et régulières, puisque ce sont les municipalités ou le Samu social, financé en partie par l'État, qui paient. Dans ces conditions, ils ne se gênent pas pour louer jusqu'à 2 000 euros par mois, si ce n'est plus, une chambre de 9 m² sans aucun confort, dans laquelle vit parfois toute une famille. Et les moins scrupuleux d'entre eux rognent sur l'entretien, laissant l'immeuble se dégrader et y entassent le maximum de personnes, au mépris de la santé et de la sécurité de ses occupants, afin d'empocher encore plus d'argent. Cela leur est d'autant plus facile que, face à eux, les locataires sont fragilisés, entre les sans-papiers qui n'osent pas protester ou ceux qui, chassés du jour au lendemain d'un logement qu'ils ne pouvaient plus payer, sont trop écrasés pour exiger quoi que ce soit.

Depuis 2005 et la série d'incendies dans ce type d'hébergement, qui avaient causé la mort de 52 personnes, les contrôles ont été renforcés. Certains hôtels jugés trop dangereux ont été fermés, d'autres se sont vu retirer leur agrément parce qu'ils ne répondaient pas aux normes de sécurité et de salubrité, ce qui ne les empêche malheureusement pas de continuer à fonctionner, tant la demande est forte. De même, des escrocs continuent à louer au noir, et souvent fort cher, des garages, des boxes ou des caves.

Et cette situation ne peut qu'empirer, vu l'augmentation de la pauvreté et le manque de logements sociaux qui, seuls, présenteraient une alternative à cet hébergement indigne. 38 000 personnes ont été obligées d'y avoir recours l'an dernier. Le 115, le numéro de téléphone à appeler pour avoir un toit, ne serait-ce que pour une nuit, a vu les appels augmenter de 43 % et ne peut pas répondre à toutes les demandes.

Le plan de lutte contre la pauvreté que le gouvernement se vante d'avoir adopté prévoit la mise en place de 5 000 places d'hébergement d'urgence pour 2014. C'est nettement insuffisant. En attendant, la gestion des offres pour quelques nuits se fait toujours « au thermomètre », comme s'il n'était pas gênant de dormir dans la rue lorsque les températures sont supérieures à zéro de quelques degrés.

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