Argentine : Des travailleurs condamnés à la prison à perpétuité29/01/20142014Journal/medias/journalnumero/images/2014/01/une2374.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Argentine : Des travailleurs condamnés à la prison à perpétuité

Le 12 décembre dernier, un tribunal argentin a condamné dix travailleurs du secteur du pétrole de la région de Las Heras, une localité proche de Mendoza, à l'ouest du pays. Sept ont été condamnés à des peines de prison de trois à cinq ans, mais trois l'ont été à la prison à perpétuité ! En 2006, ces travailleurs avaient participé à une lutte réprimée par la police. La répression avait déclenché des émeutes ayant entraîné la mort d'un policier. C'est la peine la plus sévère infligée à des travailleurs en lutte depuis la fin de la dictature en 1983.

Au début de l'année 2006, ces travailleurs avaient mené avec leurs camarades une grève d'une dizaine de jours contre les compagnies pétrolières. Le gouverneur de la province avait envoyé la police réprimer les grévistes et arrêter leur principal porte-parole. Cette arrestation avait provoqué la colère des travailleurs et de la population de la région.

La volonté des compagnies pétrolières de mettre fin à la combativité ouvrière, avec le soutien des autorités politiques, et la soif de vengeance des policiers expliquent la sévérité d'un jugement contre lequel les condamnés ont fait appel. Ce verdict est d'autant plus contesté qu'une partie des témoignages sur lesquels le juge a appuyé sa décision ont été obtenus par la torture. Une pratique que le juge a justifiée en expliquant que, « pour obtenir la vérité, il faut parfois s'écarter de la légalité » !

Au moment où l'Argentine replonge dans la crise et l'inflation et où des travailleurs revendiquent jusqu'à 30 % d'augmentation de leur salaire pour faire face à la hausse des prix, ce jugement est aussi un avertissement lancé par un régime fragilisé aux travailleurs, pour les dissuader d'entrer en lutte.

Mais l'usage de la torture par la police réveille le souvenir de la barbarie de la dictature qui, pendant sept ans, causa la mort de 30 000 « disparus ». Une campagne est lancée en Argentine pour exiger la libération des travailleurs condamnés. Elle dénonce notamment le fait que la perpétuité puisse s'appliquer à des travailleurs en lutte, alors qu'elle a épargné les militaires tortionnaires.

Liberté pour les travailleurs de Las Heras !

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