L'inculpation d'un ancien SS d'Oradour : L'étrange procès d'il y a soixante ans15/01/20142014Journal/medias/journalnumero/images/2014/01/une2372.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

L'inculpation d'un ancien SS d'Oradour : L'étrange procès d'il y a soixante ans

Un ancien soldat allemand, membre des SS et présent à Oradour-sur-Glane lors du massacre de juin 1944 ayant causé 642 victimes, a été débusqué et inculpé en Allemagne. Cet homme, âgé de 88 ans, reconnaît bien sa présence sur place, mais nie avoir participé au massacre. Son procès aujourd'hui sera probablement symbolique mais il répond sans doute au désir du gouvernement français d'obtenir un jugement des responsables survivants du massacre.

Cependant, obtenir aujourd'hui un procès en Allemagne fera difficilement oublier les limites du procès qui s'est déjà déroulé devant un tribunal militaire, à Bordeaux, en janvier 1953.

Sur les 65 personnes accusées d'avoir pris part au massacre, 21 d'entre elles étaient présentes aux audiences. Le procès se déroula dans un contexte politique qui l'emporta sur tout autre considération. On était alors au début de la guerre froide entre le camp « américano-occidental » et le « camp communiste ». Ainsi certains officiers SS étaient alors protégés par les alliés anglo-américains.

D'autre part le contexte français était lui aussi particulier. Le régime gaulliste d'après-guerre et ceux qui l'ont suivi étaient soucieux de « réconciliation nationale ». Il fallait tourner la page, oublier le passé. À ce compte-là, le procès tombait plutôt mal.

En outre le Limousin, où se situe Oradour, avait connu un maquis relativement important et le Parti communiste y était bien implanté. D'ailleurs, au moment du massacre, il y avait une cellule communiste à Oradour.

Si, du côté des massacreurs, il n'y avait eu que des Allemands, les choses auraient sans doute pu être rondement menées, mais il y avait, parmi les inculpés, une majorité d'Alsaciens, quatorze exactement. Ces Alsaciens étaient de nationalité allemande au moment de la guerre, mais ils étaient redevenus français après. C'étaient donc des Français qui avaient tué d'autres Français. Sur ces quatorze, l'un s'était engagé volontairement dans les SS, les autres avaient été incorporés de force. C'était des « malgré nous », selon la terminologie de l'époque, et des exécutants... comme d'ailleurs à peu près tous les soldats ayant perpétré les innombrables massacres de la Seconde Guerre mondiale. Le régiment Der Führer de la division Das Reich, dont ils faisaient partie, avait séjourné sur le front de l'Est avant de venir en France. Là-bas ils avaient pu se livrer à bien d'autres Oradour.

Enfin, en 1947, de Gaulle avait créé son parti, le RPF, ouvertement anticommuniste. C'est précisément à Strasbourg qu'il avait été proclamé. Aux élections municipales suivantes, Strasbourg avait comme plusieurs grandes villes eu un maire gaulliste, et l'Alsace allait rester un bastion gaulliste. Dans ce contexte, le procès des soldats criminels d'Oradour tendait à apparaître comme celui intenté par des communistes du Limousin contre des gaullistes d'Alsace !

Finalement le tribunal militaire condamna à mort par contumace tous les accusés qui n'étaient pas là. Les autres, sauf un, furent condamnés à de la prison ou aux travaux forcés. Cela provoqua de fortes manifestations de protestation en Alsace. Mais dix jours après le procès, une loi d'amnistie fut votée. Et lors de l'arrivée de De Gaulle au pouvoir en 1958, une politique de réconciliation fut menée en direction de l'Allemagne et les condamnés allemands (y compris les condamnés à mort) furent libérés.

Pour paraphraser Machiavel, la justice, c'est la politique par d'autres moyens.

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