Les syndicats et le « poujadisme » : La responsabilité des confédérations28/11/20132013Journal/medias/journalnumero/images/2013/11/une2365.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Les syndicats et le « poujadisme » : La responsabilité des confédérations

Les dirigeants des confédérations CFDT, CFTC, CGT, FSU et UNSA se sont réunis lundi 25 novembre pour étudier une riposte à ce que l'un d'entre eux, Laurent Berger de la CFDT, appelle « le corporatisme et le poujadisme ».

Le poujadisme, du nom de Pierre Poujade son principal dirigeant, commença en 1952 par une révolte antifiscale des petits commerçants, puis se mua en un parti politique anticommuniste et antiouvrier qui recueillit deux millions de voix et fit élire 52 députés, dont Jean-Marie Le Pen, en 1956. Il finit par se dissoudre dans la vague gaulliste à partir de 1958. Les dirigeants syndicaux s'inquiètent non seulement du mouvement des petits patrons bretons contre l'écotaxe, qui rappelle en effet 1956, mais aussi du fait que des travailleurs, menacés de licenciement ou non, se sont sentis plus représentés ou plus solidaires des petits patrons en question que des organisations syndicales, ce qui ne s'était pas produit à l'époque de Poujade.

Les dirigeants syndicaux ne vont pas jusqu'à se demander pourquoi les travailleurs de l'agroalimentaire ont répondu à l'appel des petits patrons manifestant contre les impôts à Quimper, le 2 novembre. Les plans de licenciements et les menaces sur la filière agroalimentaire bretonne étaient pourtant connus depuis des mois. Mais ils ont laissé les travailleurs tenter de se défendre entreprise par entreprise, sans jamais leur proposer une lutte d'ensemble, ne serait-ce qu'au niveau de la filière et de la région, sans jamais leur permettre d'exprimer leur colère et leur dégoût contre tout un système, sans jamais mettre en cause la politique et la responsabilité du gouvernement en la matière. Ce sont donc les directions syndicales qui ont laissé la place aux petits patrons du Medef et de la FNSEA, au risque de mettre les travailleurs dans une impasse. Et elles continuent de le faire en divisant soigneusement en quatre les manifestations syndicales organisées en Bretagne samedi 23 novembre, en acceptant de prendre au sérieux le plan gouvernemental pour cette région, ou en égrenant au fil des jours des manifestations alibis qui n'ont rien à voir avec la préparation de la riposte nécessaire.

Au-delà des événements de Bretagne, les directions syndicales perçoivent l'inquiétude et le désarroi des militants des entreprises et des quartiers devant la montée des idées réactionnaires en général, et des intentions de vote FN en particulier. Mais là encore elles portent une lourde responsabilité. La montée probable du vote FN en milieu populaire est la conséquence du dégoût inspiré par le gouvernement socialiste. Or elles soutiennent ce gouvernement ouvertement, y compris dans ses mesures les plus antiouvrières, comme la CFDT et la CFTC, ou ont appelé à voter Hollande, comme la CGT. Et toutes se considèrent comme des « partenaires sociaux », acceptent de participer à toutes les réunions proposées par le patronat et le gouvernement, même lorsqu'il est évident qu'elles déboucheront sur des attaques contre la classe ouvrière. Par toute leur politique, passée et présente, les directions syndicales apparaissent aux yeux de la grande masse des travailleurs comme des appendices du gouvernement. Et elles ne font rien pour dissiper ce sentiment.

Dans leur communiqué intersyndical du 25 novembre, les confédérations appellent à la « cohésion sociale » et au « vivre ensemble ». Pendant ce temps, la bourgeoisie et son gouvernement mènent la lutte de classe, détruisent les conditions de vie des travailleurs, licencient à tour de bras, organisent le pillage des classes populaires par l'impôt.

Pourtant, l'exemple de la Bretagne en donne un avant-goût, la colère des travailleurs finira par se frayer un chemin. Il revient aux militants dévoués à leur classe de lui donner un programme, un débouché et des méthodes qui lui permettent de triompher. Mais pour cela il faut avancer un programme de lutte de classe et pas une bouillie de « vivre ensemble ».

Partager