Philippines : Un pays dominé par l'impérialisme20/11/20132013Journal/medias/journalnumero/images/2013/11/une2364.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Philippines : Un pays dominé par l'impérialisme

Les Philippines doivent leur nom aux conquistadors qui, en 1542, arrachèrent ces îles à leurs habitants pour les offrir au futur roi Philippe d'Espagne - avant de saccager leurs forêts, puis d'y développer des cultures tournées vers le marché métropolitain. En 1898, l'Empire espagnol céda le pays aux États-Unis, qui ne vinrent à bout de la résistance des colonisés que quatre ans et 200 000 morts plus tard. Occupées par les troupes japonaises de 1941 à 1944, les Philippines accédèrent officiellement à l'indépendance en 1946. Mais dès 1947 les États-Unis y installaient des bases militaires, consolidant pour longtemps leur domination. En 1965, les USA firent élire leur protégé, Marcos, qui instaura la loi martiale en 1972 et ne se retira qu'en 1986, pour laisser la place à la femme d'un opposant assassiné en 1983, Cory Aquino, plus populaire mais pas moins conciliante avec les intérêts américains.

À l'heure actuelle, les attraits des Philippines pour les compagnies américaines sont nombreux : la main-d'oeuvre y est jeune, pas chère, presque pas syndiquée, et anglophone - idéal pour délocaliser les centres d'appels. Mais les entreprises du textile, de l'électronique et de la chimie ne sont pas en reste.

La lenteur avec laquelle les secours (en tentes, nourriture ou médicaments) arrivent aux déplacés ne doit rien au hasard. Si certains des villages les plus reculés ne reçoivent toujours aucune aide, ce n'est pas seulement parce que la géographie des Philippines est morcelée, avec 7 000 îles, dont 150 habitées. C'est d'abord parce que, pour cet État soumis à l'impérialisme, les priorités budgétaires ne sont pas les services publics, mais l'entretien de forces de répression capables de contenir les explosions sociales.

Ce pays dit émergent est l'un des plus inégalitaires qui soit, sa capitale Manille offrant un concentré de ces contradictions, avec des gratte-ciel ultramodernes d'un côté et la prostitution à grande échelle de l'autre. Les autorités elles-mêmes reconnaissent qu'entre un quart et un tiers de la population vit dans la pauvreté et que les quatre cinquièmes des rémunérations de ceux qui ont la chance d'être salariés partent dans la nourriture, le loyer, les factures d'énergie et l'essence. Un indice qui ne trompe pas est le fait que 10 % des Philippins, soit dix millions, sont forcés d'émigrer pour nourrir leur famille : les vingt milliards qu'ils renvoient chaque année au pays constituent à eux seuls 10 % de la richesse nationale.

LES PRIORITES DU GOUVERNEMENT

Tacloban et ses 200 000 habitants ont été frappés de plein fouet, du fait de leur position sur la trajectoire du typhon. Mais le bilan humain n'aurait pas été aussi lourd si les pouvoirs publics avaient fait d'autres choix, notamment celui de fournir des habitations en dur à une population ouvrière en croissance constante depuis vingt ans, au lieu de laisser les migrants s'entasser dans des bidonvilles aussi régulièrement rasés que reconstruits.

Les médias occidentaux n'ont pas manqué d'accabler... les victimes du typhon elles-mêmes, déplorant le triste spectacle des « violences et pillages » où « les plus bas instincts » se seraient déchaînés. Comme si aller se servir dans les décombres des commerces les plus proches n'était pas une question de survie, quand on meurt de faim et de soif ! En tout cas, les scènes montrant des soldats envoyés faire la garde devant les supermarchés, alors que le carburant manquait pour acheminer les vivres, en disent long sur l'ordre des priorités fixé par le gouvernement.

À défaut de pouvoir éviter le typhon (il y en a vingt par an et, en 1991, le plus puissant avait déjà fait 5 000 morts), les autorités auraient eu les moyens d'évacuer les populations à l'avance vers des refuges... si les intérêts de la population n'étaient pas le cadet de leurs soucis.

ET MAINTENANT ?

Que vont devenir les survivants du typhon ? À court terme, l'Unicef déclare avoir besoin de 60 millions de dollars pour réunir les familles éclatées. Les promesses de dons aux associations s'élèvent pour l'instant à 300 millions de dollars. De leur côté, la Banque asiatique de développement et la Banque mondiale promettent chacune 500 millions de dollars de prêts d'urgence pour la construction d'immeubles aux normes japonaises. Mais il s'agit de prêts, non de dons. Et, s'ils alimenteront les caisses des géants américains du BTP, on se doute que la population sera la dernière à en profiter. C'est d'autant plus prévisible que la clique au pouvoir ne se gênera pas pour se servir au passage : le président actuel, Benigno Aquino (le fils de Cory Aquino), a beau s'être fait élire en 2010 sur un programme anticorruption, le clientélisme du régime est notoire et a mis dans la rue des dizaines de milliers de Philippins en août dernier.

Quand on sait que, depuis 2001, le gouvernement américain a dépensé plus de 300 milliards de dollars pour sa guerre en Afghanistan, on mesure le caractère dérisoire des aides promises par les gouvernements des pays riches. Il faudra vraiment se débarrasser de ce système capitaliste pour que, face à de telles catastrophes naturelles, la société cesse de se reposer sur l'appel à la charité, et mette immédiatement à la disposition des secours tous les moyens matériels et humains nécessaires, et prévus à l'avance.

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