États-Unis : Un nouveau maire à New York Pour quelle politique ?13/11/20132013Journal/medias/journalnumero/images/2013/11/une2363.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

États-Unis : Un nouveau maire à New York Pour quelle politique ?

Après avoir eu un maire républicain ces douze dernières années, les électeurs de la ville de New York ont élu un nouveau maire le 5 novembre, Bill de Blasio, un démocrate.

Ce dernier a fait campagne en dénonçant les inégalités criantes qui touchent la grande métropole de la côte est des États-Unis. New York est la ville qui compte le plus de milliardaires au monde : 70 en 2012 selon l'hebdomadaire The Economist. Les 1 % les plus riches de la ville, qui captaient déjà 12 % des revenus de la population il y a trente ans, s'en adjugent à présent 39 %, alors que presque la moitié des habitants vivent en dessous du seuil de pauvreté ou à peine au-dessus.

Par contraste avec son prédécesseur, le milliardaire Bloomberg, fondateur de l'agence d'information financière du même nom, de Blasio est présenté par la presse comme un maire de gauche. Il est vrai qu'il a abondamment critiqué la police qui pratique les contrôles d'identité au faciès et fouille dans la rue ceux qu'elle considère comme suspects, c'est-à-dire des Noirs et des Hispaniques à 90 %. Blanc marié à une Noire, il a ainsi pu toucher une partie de cet électorat. Par ailleurs de Blasio, dont les parents avaient eu à subir une enquête pour sympathies communistes à l'époque du maccarthysme, a milité dans sa jeunesse contre la politique de l'impérialisme américain au Nicaragua, à l'époque où ce pays était dirigé par un gouvernement sandiniste. Depuis, il est devenu un politicien parmi d'autres, disant s'inspirer de la social-démocratie européenne et menant notamment les campagnes électorales new-yorkaises des Clinton, mari et femme.

De Blasio a promis de construire 200 000 logements sociaux et d'ouvrir des places de crèche. Pour le financement, dans une ville dont le budget est déficitaire de 2 milliards de dollars, il a avancé l'idée de taxer les plus riches, ce qui a certainement plu à des électeurs des classes populaires et même à une partie de la petite bourgeoisie. Et c'est ainsi que de Blasio a remporté trois fois plus de voix que son adversaire.

En réalité, le maire de la ville de New York n'a pas le pouvoir de décider seul. En la circonstance, il lui faut s'entendre avec le gouverneur de l'État de New York, un démocrate également, mais qui refuse d'augmenter les impôts des plus fortunés. On peut donc douter que toutes les promesses électorales soient tenues. D'ailleurs, du côté de Wall Street, on ne semble pas avoir de crainte quant à la politique que pourra mener de Blasio. En témoigne le fait que certains dirigeants de fonds spéculatifs ont financé sa campagne, lui donnant sur ce terrain aussi un avantage sur son concurrent.

La population new-yorkaise a probablement bien moins d'illusions en de Blasio qu'une partie de la presse. Il a obtenu 752 000 voix dans une ville qui compte... 8,3 millions d'habitants.

Les 300 000 travailleurs municipaux sauront vite à quoi s'en tenir quant aux choix de ce nouveau maire, car leurs contrats de travail collectifs ont expiré et ils doivent être renégociés. Leurs syndicats revendiquent des augmentations de salaire, avec effet rétroactif. Ils devront certainement plus compter sur la mobilisation des travailleurs que sur la bonne volonté de de Blasio, dont un financier a dit à la presse qu'« il est pragmatique et sait que le secteur [de la finance de Wall Street] est essentiel à l'économie ». Voilà un regard qui semble lucide sur de Blasio et sa politique.

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