Russie – homosexualité, avortement, cléricalisme : La réaction à l'oeuvre14/08/20132013Journal/medias/journalnumero/images/2013/08/une2350.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Russie – homosexualité, avortement, cléricalisme : La réaction à l'oeuvre

Après l'adoption fin juin par les députés russes, à l'initiative du président Poutine, d'une loi réprimant la prétendue « propagande de relations sexuelles non traditionnelles – entendre homosexuelles – à destination des mineurs », certains, en Europe de l'Ouest et en Amérique, ont évoqué la possibilité de protester en boycottant les prochains jeux Olympiques d'hiver à Sotchi, dans le sud de la Russie.

S'agissant de dirigeants occidentaux, leur position est d'autant plus hypocrite qu'ils ne trouvent rien à redire quand certains États amis jettent en prison les homosexuels, voire les condamnent à mort, telle l'Arabie saoudite, grande alliée des États-Unis au Moyen-Orient.

« Réactionnaires, bigots de tous les pays, unissez-vous »

À cette occasion, on a aussi entendu d'autres voix étaler leurs préjugés réactionnaires. Ainsi, à la veille de la « Journée de la famille, de l'amour et de la fidélité », instaurée par l'État russe qui valorise désormais le mariage religieux, Béatrice Bourges, du Printemps français, une égérie des manifestations contre le mariage pour tous, a félicité « la Russie qui montre l'exemple » en interdisant la « propagande homosexuelle ». L'ancien colonel du KGB qui dirige la Russie a les soutiens qu'il mérite.

En Russie, les rares manifestations défendant les droits des homosexuels ont été, comme d'habitude, sévèrement réprimées par la police et les supplétifs du régime – amicales parachutistes, milices d'extrême droite – le tout béni par l'Église orthodoxe.

Car là-bas, comme partout, les prêtres voudraient régenter les esprits et la vie privée de chacun. Depuis des années, en Russie, la hiérarchie orthodoxe s'efforce de restreindre toujours plus les droits des femmes, notamment en matière d'interruption de grossesse. Et le régime russe, qui ne peut pas plus se passer de sa police contre ceux qui le contestent dans la rue que d'une police cléricale des alcôves, donne toujours plus de gages à cette dernière.

Ce n'est pas un hasard si, le jour même où la Douma, l'Assemblée nationale russe, votait cette loi homophobe voulue par l'Église et le Kremlin, elle créait un délit « d'offense à la religion ». En prévoyant des sanctions encore plus graves qu'en cas de « propagande homosexuelle », puisqu'en matière religieuse elles vont jusqu'à trois ans de prison et l'équivalent de 12 000 euros d'amende !

Tsarisme et stalinisme

C'est en 1716, sous Pierre-le-Grand, le tsar qui prétendait moderniser la Russie à coups de knout, qu'on décréta la première loi frappant de châtiments corporels et d'exil les militaires soupçonnés d'homosexualité. Au siècle suivant, Nicolas 1er, appuyé par l'Église orthodoxe, aggrava ces sanctions et les étendit aux civils.

La révolution d'Octobre 1917, elle, légalisa l'avortement et dépénalisa l'homosexualité. L'État soviétique était un pionnier en ces domaines comme en bien d'autres. Mais le stalinisme fut la négation des avancées permises par le pouvoir bolchevique : en mars 1934, Staline décréta que les homosexuels étaient des criminels passibles de quatre à cinq ans de camp.

Cette législation répressive ne disparut qu'en 1993. Les enquêtes d'opinion d'alors indiquaient que la moitié au moins des sondés étaient favorables à des droits égaux, quelle que soit l'orientation sexuelle de chacun. Malgré le poids du passé tsariste, puis stalinien, la population était moins conservatrice que ses dirigeants.

Mais après 2000, pour restaurer un État fort, Poutine s'appuya, comme Pierre 1er et Nicolas 1er avant lui, sur les préjugés les plus crasseux – chauvinisme, xénophobie – et les prêtres de l'ordre moral.

Aujourd'hui, le régime pèse d'autant plus en ce sens qu'en cherchant à imposer un conformisme obscurantiste, misogyne et homophobe, il espère gagner le soutien des secteurs les plus réactionnaires et arriérés de la société pour faire contrepoids à toute forme de contestation, alors que sa popularité s'effrite.

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