Mettre sous surveillance les faiseurs d'illusions23/05/20122012Journal/medias/journalnumero/images/2012/05/une2286.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Editorial

Mettre sous surveillance les faiseurs d'illusions

Ça y est ! Les ministres en partance ont officiellement passé le relais aux ministres qui arrivaient et les médias ont longuement commenté tous les faits et gestes des protagonistes de toutes les cérémonies.

Les travailleurs n'ont certainement aucune raison de regretter que Sarkozy, Fillon, Guéant et les autres ne soient plus sur la photo de famille prise sur le perron de l'Élysée. Le gouvernement déchu a été l'exécutant cynique de la politique de la grande bourgeoisie, dans une période où la crise a rendu l'offensive du grand capital contre les travailleurs de plus en plus virulente. Il est inutile de rappeler les mesures baptisées « réformes » de ce gouvernement, qui ont toutes signifié un recul des conditions d'existence du monde du travail. Les travailleurs, les retraités, les chômeurs en ont gardé les traces douloureuses.

Pire encore que les mesures qu'il a prises, ce gouvernement a laissé les mains totalement libres aux groupes industriels et financiers pour licencier, pour supprimer des emplois afin de faire plus de profits avec moins de travailleurs plus exploités, pour bloquer les salaires, pour remplacer des salariés en CDI par des précaires plus mal payés.

Oui, le simple fait de ne plus voir, de ne plus entendre ces hommes de droite nous expliquer que tout ce qui est bon pour les riches, les grands patrons et les banquiers est bon pour la population, est déjà un changement.

Mais cette satisfaction morale ne rendra pas son emploi à celui qui l'a perdu, pas plus qu'elle n'enlèvera la menace qui pèse sur tous ceux qui savent déjà que leur entreprise planifie des licenciements. Elle ne remplira pas le frigo de ceux qui ont du mal à boucler les fins de mois. Et Hollande n'a même pas l'intention d'annuler toutes les mesures antiouvrières de Sarkozy.

« Le gouvernement n'est en place que depuis quelques jours, il faut lui laisser le temps », entend-on parfois. Mais quelques jours ont suffi à Hollande pour rencontrer les dirigeants de ce monde, de Merkel à Obama, ici pour discuter de l'avenir de l'euro, là pour concilier sa promesse de retirer les troupes françaises d'Afghanistan avec la volonté de ses alliés, américain et britannique, d'y rester encore.

Et le ministre de l'Intérieur a trouvé le temps de rencontrer une catégorie professionnelle qui n'hésite pas à montrer son mécontentement depuis plusieurs semaines : les policiers.

En revanche, pas un mot du gouvernement pour annoncer, par exemple, qu'il empêchera les plans de licenciements déjà prévus, de Fralib à PSA Aulnay en passant par Petroplus, sans parler de ceux qui tombent pour ainsi dire chaque jour, de Carrefour à Air France. Pour le pouvoir d'achat, il n'y a guère qu'un « coup de pouce » promis aux smicards.

Alors, les travailleurs ont intérêt non seulement à être méfiants, mais aussi à montrer clairement au gouvernement qu'ils le sont. Les élections législatives qui auront lieu dans moins de trois semaines peuvent en être une occasion.

Le PS réitère son chantage au vote utile. Mais la gauche gouvernementale est à peu près assurée d'obtenir la majorité à l'Assemblée. Voter pour les candidats du PS, c'est voter la confiance au gouvernement socialiste. Et c'est aussi laisser la critique et l'opposition à la droite et à l'extrême droite.

L'électorat ouvrier a, au contraire, intérêt à montrer qu'il ne se contentera pas du changement à la tête de l'État et qu'il a des exigences vitales qu'il n'entend pas brader.

Il a intérêt à montrer au gouvernement que celui-ci est sous la surveillance non seulement des marchés financiers mais aussi des travailleurs, et que les critiques ne viendront pas seulement de sa droite mais aussi de sa gauche.

Lutte Ouvrière présente des candidats dans toutes les circonscriptions du pays, pour défendre le programme de lutte et les objectifs défendus par Nathalie Arthaud à l'élection présidentielle et pour assurer la présence d'un courant communiste.

Voter pour ces candidats, c'est voter pour des femmes et des hommes qui sont tous du camp des travailleurs et qui ne l'abandonneront pas sous prétexte que la gauche a relayé la droite.

Un vote n'est qu'un vote, et derrière le gouvernement, au-dessus de lui, il y a le grand patronat, les marchés financiers, qui ne sont pas impressionnés par les urnes.

Pour changer le rapport de forces avec eux, il faudra des luttes décidées et conscientes. Mais plus il y aura de votes en faveur des candidats de Lutte Ouvrière, plus cela donnera du crédit au programme qu'ils défendent. Plus cela montrera qu'il y a des travailleurs qui ne se laissent pas berner et qui relèvent la tête. Cela comptera pour l'avenir.

Éditorial des bulletins d'entreprise du 21 mai

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