Enchères électorales avec la peau des travailleurs menacés de licenciement02/03/20122012Journal/medias/journalnumero/images/2012/03/une2274.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Editorial

Enchères électorales avec la peau des travailleurs menacés de licenciement

On aura tout vu : Sarkozy veut se faire passer pour un sauveteur d'entreprises ! D'ici qu'il enfile un bleu de travail pour aller à l'Élysée ou au Fouquet's, il n'y a qu'un pas...

Ce grand ami des riches, ce porteur d'eau des grands patrons, voudrait bien glaner des voix du côté des salariés, en particulier de ceux qui sont menacés de licenciement. Il y a déjà eu l'affaire Lejaby pour laquelle il a fait appel à son ami Arnault, une des premières fortunes du pays, afin qu'il veuille bien reprendre une petite centaine de salariés d'une des usines Lejaby ! Mais 350 restent sur le carreau.

Voilà maintenant qu'après avoir fait un petit tour chez les travailleurs de la raffinerie Petroplus de Petit-Couronne, il se glorifie d'avoir convaincu le pétrolier Shell d'accepter de continuer l'activité pour six mois et de prolonger d'autant l'emploi des salariés menacés de licenciement. Il fallait oser ! Petroplus était la propriété de ce même trust Shell, un des groupes industriels les plus riches de la planète, avant qu'il revende le site de Petit-Couronne à un margoulin qui s'est déclaré en faillite. La moindre des choses serait d'obliger Shell, qui a accumulé pendant des dizaines d'années le profit tiré de l'exploitation des travailleurs de Petroplus, à en consacrer une partie à financer le maintien des emplois.

Mais cela ne fait évidemment pas partie de l'univers mental du président de la République. Pendant que les publicitaires qui conçoivent la campagne de Sarkozy inventent des coups de bluff destinés à améliorer son image aux yeux des salariés, il y a mille chômeurs de plus chaque jour ! Ils rejoignent les plus de trois millions de chômeurs de ce pays, six millions si on compte ceux qui n'ont qu'un emploi intermittent, provisoire et mal payé.

Mais qu'est-ce que les salariés peuvent espérer de plus du candidat socialiste Hollande ? Engagé de son côté dans un tour de France des usines qui ferment, Hollande s'est rendu sur le site ArcelorMittal de Florange, bloqué par ses salariés qui n'acceptent pas sa fermeture. Et le candidat socialiste de promettre une loi destinée à obliger le propriétaire d'une usine dont il veut se débarrasser à accepter les propositions d'un éventuel repreneur.

Déposer un projet de loi, cela ne mange pas de pain ! Mais s'il n'y a pas de repreneur ? Ou encore si le repreneur accepte « généreusement » de reprendre la moitié ou le quart des salariés en mettant les autres à la porte ?

Même si Hollande tient cet engagement, cela n'écarte en rien la menace qui pèse sur les salariés qui en ces temps de crise sont tous des licenciés en puissance. Toute cette agitation fébrile de deux candidats rivaux n'est qu'enchère électorale avec la peau des travailleurs menacés !

Pas plus que Sarkozy, Hollande ne peut envisager la seule mesure simple, évidente, imposée par la crise, celle d'interdire purement et simplement les licenciements. C'est une mesure d'urgence pour empêcher que chaque jour des milliers de familles ouvrières soient privées de leur emploi et de leur salaire, la seule chose qui leur permette de vivre.

Pour sauver les banques et pour aider les grands groupes industriels face à la crise, dont ils sont pourtant responsables et coupables, on a trouvé une solution immédiate. Pas pour les travailleurs. Sarkozy est un ami proclamé des capitalistes. Hollande n'oserait jamais les affronter. Ni l'un ni l'autre ne prendront les mesures qui s'imposent parce qu'elles sont contraignantes à l'égard des capitalistes. La conclusion qui en découle, c'est que ces mesures, vitales pour les travailleurs, il faut les imposer par les luttes, par l'action collective des travailleurs.

Face au chômage, il faut imposer au grand patronat l'interdiction de tous les licenciements, quitte à répartir le travail entre tous, en maintenant les salaires. Il faut obliger l'État à cesser d'aider les grands patrons et les banquiers pour consacrer l'argent public à la création d'emplois utiles dans les transports, les hôpitaux, les écoles et dans la construction de logements à prix coûtant. Pour financer tout cela, il faut obliger les possédants à consacrer les profits à cet usage au lieu de les gaspiller dans des dépenses de luxe ou dans la spéculation.

C'est une des mesures du programme que Nathalie Arthaud, candidate de Lutte Ouvrière, défend dans la campagne électorale. Le vote pour sa candidature ne peut pas se substituer à la lutte pour l'imposer. Mais il permet à tous ceux qui sont dans le camp des travailleurs d'affirmer qu'ils sont partisans de telles mesures et qu'ils considèrent qu'elles doivent être imposées d'urgence. Plus il y aura de votes dans ce sens, plus ce sera un encouragement pour les luttes à venir.

Éditorial des bulletins d'entreprise du 27 février

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