Paiement des RTT des médecins hospitaliers : Selon que vous serez...27/01/20122012Journal/medias/journalnumero/images/2012/01/une2269.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Paiement des RTT des médecins hospitaliers : Selon que vous serez...

Le ministre de la Santé Xavier Bertrand vient de signer un accord sur les RTT accumulées par les médecins hospitaliers. Depuis le passage officiel aux 35 heures en 2002, les personnels hospitaliers qui ne peuvent pas prendre les journées de RTT prévues peuvent les mettre sur un compte épargne-temps (CET). Mais, du fait du manque de personnel de toutes catégories dans les hôpitaux, ces CET ont explosé.

Le personnel fait bien plus de 35 heures, pour tenter d'assurer le fonctionnement des services. Pour les seuls 40 000 médecins hospitaliers, près de deux millions de journées de RTT ont été accumulées.

L'accord signé avec les syndicats d'hospitaliers prévoit de solder ces journées de trois façons. Le médecin pourra prendre des congés, mais pas plus de vingt jours, car sinon comment faire fonctionner les services ? Il pourra obtenir des points à valoir sur sa retraite, mais là encore, comment imaginer que des milliers de médecins partent plus tôt en retraite sans être remplacés ?

La troisième solution proposée est de payer ces journées, 300 euros par jour, dans la limite de 80 jours sur quatre ans. Enfin, pour essayer de « contrôler » les CET, l'accord prévoit que les médecins ne pourront pas stocker plus de vingt jours de RTT, avec un maximum de 208 journées, contre 300 aujourd'hui.

Pour les médecins hospitaliers c'est, selon le président d'un de leurs syndicats, « un bon accord », du moins sur le plan financier. En effet 300 euros par jour et pour 80 jours, cela fait la coquette somme de 24 000 euros. C'est bien sûr le chiffre maximal mais, comme la moyenne pour chaque médecin est de 47 jours de RTT sur leur CET, cela fait quand même près de 14 000 euros.

Ce sont les hôpitaux qui devront prendre en charge ces dépenses, estimées à 600 millions d'euros sur quatre ans. Sur cette somme, 250 millions auraient été provisionnés, il faut donc trouver les 350 autres. Et, pour des hôpitaux déjà en déficit (433 millions d'euros en 2010 selon la Fédération hospitalière de France) cela ne pourra se faire qu'en réduisant encore plus les dépenses et donc les effectifs. À l'hôpital comme ailleurs, on n'embauche pas, on licencie : 15 000 postes supprimés en 2011, après les 10 000 de 2010 et les 9800 de 2009. Ainsi, encore une fois, faute d'embauches, le personnel de santé ne pourra pas prendre ses RTT... pour qu'on puisse payer les leurs à la seule catégorie des médecins hospitaliers.

Ce qui est scandaleux en effet est que cet accord ne concerne pas les autres catégories, des infirmières aux aides-soignants en passant par les administratifs. Eux ne toucheront rien, ne pourront pas prendre de RTT ou accumuler des points pour leur retraite. Il leur restera, comme avant, à ne pas prendre leurs RTT et, malgré les 35 heures officielles, ils devront continuer à travailler plus, faute de pouvoir être remplacés.

Entre faire des cadeaux à 40 000 praticiens hospitaliers et se préoccuper du sort des centaines de milliers de salariés de l'hôpital, le gouvernement a fait son choix. En période électorale, il sait bien à quelles catégories il doit faire des cadeaux.

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