Émeutes en Grande-Bretagne : La pauvreté sème la colère10/08/20112011Journal/medias/journalnumero/images/2011/08/une2245.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Émeutes en Grande-Bretagne : La pauvreté sème la colère

La vague d'émeutes que la Grande-Bretagne a connue ces derniers jours est partie de Tottenham, dans le nord de Londres, le 6 août. En trois jours, elle a gagné une quinzaine de municipalités londoniennes et une demi-douzaine de villes de province, dont les trois autres grandes agglomérations du pays : Birmingham, Manchester et Liverpool.

Ces émeutes en rappellent d'autres, en particulier celles de 1981. À l'époque, le harcèlement raciste de la police avait mis le feu aux poudres, sur un fond de colère alimentée par la montée de la pauvreté liée à la récession du début des années 1980.

C'est ce même harcèlement contre les jeunes de couleur qui a conduit à l'explosion actuelle. Elle s'est déclenchée suite au meurtre d'un jeune père de famille afro-caribéen, Mark Duggan, abattu alors qu'il était plaqué au sol par un commando des Forces spéciales. Et ce sont en gros des mêmes quartiers pauvres qu'en 1981 que sont venus les émeutiers -- des quartiers où le taux de chômage compte parmi les plus élevés du pays.

Là s'arrête le parallèle car, contrairement à 1981, les émeutiers ne se sont pas contentés cette fois-ci de livrer bataille à la police ou de s'attaquer aux commissariats. À la différence de ce qui s'était passé lors des émeutes des banlieues de 2005 en France, où les jeunes s'en étaient pris à leurs propres cités, à leurs écoles, aux voitures de leurs parents et de leurs voisins, les émeutiers anglais s'en sont pris, cette fois, aux symboles les plus ostentatoires de richesse qu'ils avaient à portée de la main.

Après l'explosion de 1981, une politique de « promotion de la mixité sociale » avait été mise en oeuvre dans ces municipalités populaires, pour prétendument en assurer la « réhabilitation ». Dans ces municipalités, il y avait des quartiers plus aisés mais, du coup, la combinaison de cette politique, de la spéculation immobilière, de l'augmentation des inégalités sociales durant un prétendu « boom », puis de la montée de la pauvreté depuis le début de la crise, a accentué la ghettoïsation des quartiers les plus pauvres, tandis que les quartiers aisés voisins étalaient les richesses de leurs commerces et de leurs restaurants.

C'est à ces symboles, situés dans les quartiers aisés voisins, que les émeutiers s'en sont pris un peu partout, en brisant des vitrines, en particulier celles des banques, et en incendiant des édifices commerciaux. À Manchester et Birmingham, ils sont même allés jusqu'à s'attaquer aux riches centres commerciaux des centres-ville.

Une fois les vitrines brisées, les pillages ont suivi, venant d'une fraction des émeutiers, pour la plupart très jeunes, mais même de mères de famille qui ne résistaient pas à cette occasion inespérée de remplir un chariot. De façon tout aussi prévisible, derrière les émeutiers sont venues des bandes qui, elles, s'intéressaient plus aux opportunités offertes qu'aux symboles.

Mardi 9 août, alors que ni le déploiement massif de forces par la police, ni le recours aux chiens policiers et aux chevaux n'avaient eu vraiment d'effet à Londres, la fermeture générale des commerces en milieu d'après-midi dans la plupart des municipalités périphériques mit un terme à l'essentiel des émeutes dans la capitale. Nul ne peut dire si elle ne reprendra pas, d'autant que le mouvement s'intensifie en province.

Cameron, le Premier ministre, rentré précipitamment de vacances, n'a pas manqué de promettre aux « criminels » les sanctions qu'ils « méritent ». Prenant prétexte d'une telle promesse, des groupes de « vigilants » se sont formés dans quelques municipalités londoniennes, à l'initiative de personnages d'extrême droite et de groupes intégristes religieux.

Quant à ceux des jeunes émeutiers -- et certains ont eu l'occasion de l'affirmer devant les médias -- qui pensent pouvoir exprimer leur rejet de leur condition sociale en ne s'attaquant qu'à des symboles, ils se trompent eux-mêmes. Mais le fait que ces émeutes se produisent n'en est pas moins un symptôme de la maladie du système qui, semant la pauvreté, récolte la rancoeur et la colère.

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