Haïti : L'épidémie de choléra Incurie et faillite des classes dirigeantes17/11/20102010Journal/medias/journalnumero/images/2010/11/une-2207.gif.445x577_q85_box-0%2C9%2C172%2C231_crop_detail.png

Dans le monde

Haïti : L'épidémie de choléra Incurie et faillite des classes dirigeantes

Les affrontements qui ont eu lieu le 15 novembre dans plusieurs villes d'Haïti entre la population d'une part, la police et les soldats de la Minustah (force militaire dépendant de l'ONU) d'autre part, ont fait au moins deux morts et plusieurs blessés.

Des éléments convergent pour que la population haïtienne soupçonne un contingent népalais de la Minustah d'être à l'origine de l'épidémie de choléra qui ravage actuellement le pays. Ces soldats népalais sont arrivés le 15 octobre et les premiers cas de choléra, maladie qui avait disparu depuis plus d'un siècle en Haïti, sont apparus cinq jours après. Le type de vibrion est une forme particulièrement virulente, qui sévit sous une forme endémique au Népal. Enfin, l'épidémie s'est déclenchée à partir du fleuve Artibonite, en bordure duquel est installée une garnison de l'ONU comportant des éléments népalais.

Plus généralement, la population en a assez d'êtres victimes de l'incurie des classes dirigeantes, dont l'épidémie de choléra, qui a déjà tué plus d'un millier de personnes et en a touché plus de 14 500 autres, est une manifestation.

Les extraits suivants de l'article écrit dans La Voix des Travailleur, mensuel de nos camarades de l'Organisation des Travailleurs Révolutionnaires d'Haïti, sont éloquents sur ce point.

« Il n'y pas de doute que les cas de décès publiés sont inférieurs à la réalité, les autorités sanitaires ne relayant que les chiffres fournis par les centres hospitaliers des zones touchées. Nos autorités sanitaires ne se sont pas donné la peine d'aller à la rencontre de patients de zones reculées, restés chez eux pour des raisons diverses. Les échanges téléphoniques entre parents de Port-au-Prince et ceux des départements touchés laissent croire que le choléra gagne du terrain, notamment dans certaines sections communales de l'Artibonite et du Centre d'où est partie la maladie. Pourtant le ministre de la Santé, son directeur général et le chef de l'État, mentant comme ils respirent, se sont empressés de déclarer que l'épidémie est contenue, alors qu'on n'était pas encore à 300 cas de décès. Pendant qu'ils radotent au micro des journalistes, arguant que l'épidémie est sous contrôle, le choléra a déjà gagné entre-temps quatre autres départements : l'Ouest, le Nord, le Nord-Ouest, le Sud, et plus d'une trentaine de communes.(...)

Comment contenir une maladie qui se transmet facilement de manière oro-fécale, par la consommation d'eau ou de nourriture contaminées, sans mettre les malades dans un environnement hygiénique stable, sans distribuer de façon massive des savons, des kits hygiéniques, de l'eau potable dans les zones à risque ? Comment contenir l'épidémie sans former massivement des médecins, des infirmières, des auxiliaires et des agents de santé au traitement du choléra ? (...)

À l'origine de cette épidémie, il y a la contamination du plus grand fleuve du pays, celui de l'Artibonite. C'est du moins l'hypothèse la plus plausible et admise par tous, sauf par la Minustah. (...) Ce qui est le plus révoltant, c'est que des couches pauvres de la population de l'Artibonite et du Centre, pour se désaltérer, en soient à consommer l'eau polluée et insalubre de ce fleuve.

Un rapport du ministère de l'Éducation nationale affirme que seulement 29 % des écoles sont pourvues d'eau potable, sur les 15 682 fonctionnant dans le pays. Mais qui peut garantir que l'eau disponible dans ces 29 % d'écoles est vraiment potable ?

La situation est d'autant plus alarmante que tous les facteurs sont réunis pour la propagation de cette épidémie de choléra : la misère, la promiscuité, le non-accès à l'eau potable, les problèmes d'assainissement, l'insuffisance des fosses septiques, sans oublier les inondations dues au passage de l'ouragan Tomas, etc. Même dans les villes du pays, une bonne partie de la population des bidonvilles défèque à même le sol. Quatre Haïtiens sur cinq n'ont pas accès aux services d'assainissement.

Voilà le résultat de la gestion des dirigeants qui se sont succédé au pouvoir. C'est aussi le visage du capitalisme dans les pays pauvres comme Haïti, où une poignée d'affairistes avec leurs larbins au pouvoir s'enrichissent au détriment des intérêts des couches pauvres de la population. C'est pourquoi il est impératif de renverser cet ordre social injuste socialement, irrationnel économiquement et insupportable humainement. »

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