Laboratoires Pfizer : Essais illégaux sur des enfants nigérians22/07/20102010Journal/medias/journalnumero/images/2010/07/une2190.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Laboratoires Pfizer : Essais illégaux sur des enfants nigérians

Pfizer est de nouveau mis en cause dans l'affaire d'essais thérapeutiques sans autorisation au Nigeria.

Le numéro un mondial de l'industrie pharmaceutique s'était engagé en juillet 2009 à verser 75 millions de dollars, dont 35 millions de dédommagement aux familles des victimes, en échange de l'arrêt des poursuites engagées depuis deux ans. Finalement l'accord à l'amiable a été rompu à l'initiative des familles nigérianes. Elles sont parvenues à saisir la justice aux États-Unis, la Cour suprême américaine annonçant le 29 juin dernier que Pfizer pourrait être poursuivi.

Poursuivi ne veut évidemment pas dire condamné, d'autant plus que la justice est très lente quand il s'agit de géants industriels comme Pfizer.

Les faits eux-mêmes remontent à 1996 quand, dans l'État de Kano au Nigeria, sévissait une épidémie de méningite. Pfizer avait fait distribuer un nouvel antibiotique, le Trovan, alors que, selon le Washington Post, ni le Nigeria ni les familles n'avaient donné leur autorisation à l'utilisation du médicament. Le même journal révélait que sur les 198 enfants concernés par l'essai thérapeutique, onze étaient morts et des dizaines d'autres souffraient de séquelles.

Pfizer s'était autorisé à utiliser un médicament qui n'avait reçu nulle part une autorisation de commercialisation, un médicament en cours d'élaboration, sans respecter les précautions qui sont de rigueur dans ce genre d'essais cliniques. Ce n'est pas un hasard si le groupe pharmaceutique a fait le choix de tester son produit sans contrôle sur le continent africain, là où les trusts se sentent tout permis avec souvent la complicité des autorités locales. Pfizer espérait probablement que tout cela resterait dans l'ombre.

Le sort qu'a connu ensuite le Trovan renforce la suspicion : en 1997, la Food and Drug Administration autorisait la commercialisation du médicament aux États-Unis, mais l'interdisait aux enfants. En 1999, son usage était restreint car il était présenté comme responsable d'affections du foie et de décès. En Europe, le Trovan n'a tout simplement jamais été autorisé.

Alors, Pfizer aurait utilisé l'épidémie de méningite au Nigeria pour tester son médicament, au risque de ne pas en maîtriser les effets secondaires. Le groupe pharmaceutique espérait, dit-on, que le Trovan rapporterait un milliard de dollars par an, et il n'est pas impossible que cette perspective alléchante ait contribué à transformer des gamins nigérians en cobayes.

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