La face de France Télécom qui reste toujours cachée01/10/20092009Journal/medias/journalnumero/images/2009/10/une2148.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

La face de France Télécom qui reste toujours cachée

Depuis un mois, les médias font état de la dégradation des conditions de travail à France Télécom. La diminution des effectifs dans les secteurs techniques, les mobilités professionnelles et géographiques forcées sont plus largement connues, de même les pressions qui s'exercent sur les travailleurs en relation avec les clients, pour augmenter leur rendement et leur chiffre de vente.

Cependant, les principaux actionnaires qui bénéficient de cette politique restent à l'écart des caméras où il est de bon ton de s'alarmer, voire de verser une larme de crocodile en se demandant si, par hasard, France Télécom ne serait pas pour un petit quelque chose dans la vague de suicides.

Le seul grand actionnaire connu officiellement, c'est l'État, accompagné d'un bras financier, l'Erap. L'État est ainsi propriétaire d'un peu plus d'un quart des actions (26,97 % au 30 juin dernier). Théoriquement, il touche sa part des bénéfices de France Télécom, mais lors de la dernière distribution, en mars, ses représentants ont accepté qu'il les perçoive en partie en actions, et non en numéraire comme les autres actionnaires.

Qui sont les autres ? Le rapport annuel déposé auprès de l'Autorité des marchés financiers indique qu'au 30 juin 2009, « à la connaissance de France Télécom, aucun actionnaire autre que l'État et l'Erap ne possédait, directement ou indirectement, plus de 5 % du capital ou des droits de vote à cette date ». Et voilà ! Le grand public n'aurait pas le droit d'en savoir davantage.

Dans son livre Les télécommunications, Pierre Musso, ancien membre du conseil d'administration de France Télécom, chiffre à environ 54 % la part du capital de France Télécom détenue par des investisseurs institutionnels, et notamment Carlyle. Ce fonds d'investissement, très présent dans de multiples secteurs, dont l'armement aux États-Unis et les communications, est lié à la famille de l'ancien président des États-Unis Bush et compte Olivier Sarkozy, demi-frère du président français, parmi ses membres dirigeants depuis mars 2008. « Olivier a un itinéraire et un réseau de relations incroyable, qui vont aider Carlyle à capitaliser sur la dislocation du secteur des services financiers », se félicitait alors l'un des fondateurs de Carlyle.

De tels fonds d'investissement utilisent les profits pour spéculer en rachetant d'autres sociétés sans créer de nouvelles richesses, jusqu'au prochain effondrement boursier. Le secteur des télécommunications avait été ainsi pris pour cible entre 2000 et 2002, jusqu'à l'éclatement de la bulle financière qui s'était soldée par un endettement faramineux de France Télécom, invoqué à l'époque par la direction pour justifier les suppressions d'emplois.

Quel est aujourd'hui le rôle des fonds d'investissement à France Télécom ? Le gouvernement, les hauts fonctionnaires et les milieux financiers sont évidemment bien placés pour le savoir. Les travailleurs de France Télécom ont des comptes à demander, même et surtout si cela fait désespérer le monde de la finance.

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