UE : Protectionniste, moi ? Jamais !04/03/20092009Journal/medias/journalnumero/images/2009/03/une2118.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

UE : Protectionniste, moi ? Jamais !

Un spectre hante l'Europe, dirait-on : le spectre du protectionnisme. Ministres et chefs d'État se sont un mois durant lancé le terme à la tête dans les divers « sommets » européens censés harmoniser les solutions proposées par les États face à la crise, pour dire qu'y céder serait très grave.

La polémique visait notamment les dirigeants des États-Unis et de France. Les premiers, en raison de la clause « Achetez américain », avaient commencé par demander aux entreprises bénéficiaires du plan de relance de n'utiliser que l'acier, le fer et les produits manufacturés « made in USA ». Les seconds, par la voix de Sarkozy, avaient fait mine de vouloir s'en prendre aux constructeurs automobiles qui, tout en acceptant 7,8 milliards de cadeaux, auraient voulu délocaliser des productions hors de France.

De son côté, après avoir fin janvier invité les ménages à consommer espagnol, le gouvernement Zapatero avait annoncé un plan de soutien de 4 milliards d'euros aux patrons de l'automobile. Berlusconi, dans le même domaine, avait proposé aux constructeurs de « conserver les usines en Italie », en échange de mesures d'aide. Le gouvernement belge semblait craindre pour l'usine Opel d'Anvers les mesures prises par l'Allemagne pour protéger ses propres constructeurs. Et l'Union européenne a elle aussi, le mois dernier, décidé de réintroduire des aides à l'exportation pour soutenir les producteurs laitiers.

Sarkozy, après avoir joué pendant ses six mois de présidence au héros bondissant de l'Europe, était devenu la cible des critiques, en particulier de la part de son successeur tchèque. « La France n'est pas protectionniste », au contraire, a assuré Sarkozy, commentant le plan automobile qui « sert bien à nos voisins européens parce que si on n'avait pas engagé ce qu'on a engagé au service de PSA et Renault c'est leurs implantations partout en Europe qui s'en trouveraient menacées ». Il prétend même avoir, grâce au plan automobile opportunément accepté par Bruxelles, « sauvé des groupes qui ont des usines partout en Europe ».

En réalité, même quand ils s'en défendent, les gouvernements appliquent constamment des mesures protectionnistes visant à favoriser les industries et les capitalistes de leur pays. Et en cette période de crise, ils sont tentés de le faire plus que jamais, quitte à essuyer les critiques des gouvernements voisins, car, c'est bien connu, « les protectionnistes », c'est toujours les autres ».

Alors, tout en répétant que, comme l'a montré la crise de 1929, la pire erreur serait de céder au protectionnisme, ce qui ne pourrait qu'aggraver encore la crise, tous y cèdent et y céderont peut-être de plus en plus. Si le capitalisme était capable d'apprendre les leçons de l'Histoire, ce ne serait plus le capitalisme.

Partager