Le fichier "Base élèves" : Big Brother dans les écoles18/06/20082008Journal/medias/journalnumero/images/2008/06/une2081.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Le fichier "Base élèves" : Big Brother dans les écoles

Expérimenté depuis 2005, le fichier informatique de données " Base élèves ", rempli par les directeurs d'école lors de l'inscription des enfants dans quatre-vingts départements actuellement, devrait être généralisé en 2009.

Prétendument destiné à faciliter la gestion des élèves, à les suivre dans leur parcours scolaire et à fournir des données à l'académie et au ministère, " Base élèves " est, depuis des mois, contesté par les associations de parents d'élèves, de nombreux enseignants et leurs syndicats, et la Ligue des droits de l'homme.

Entre autres informations concernant l'enfant, le fichier était destiné à enregistrer la nationalité, la date d'entrée sur le territoire, la langue parlée à la maison et la " culture d'origine " des élèves. Devant les multiples protestations, ces questions ont déjà été retirées du fichier en octobre 2007. Mais restaient des paragraphes portant sur la profession, la catégorie sociale des parents, la situation familiale de l'enfant, son absentéisme et ses besoins éducatifs particuliers. Stocké au niveau de l'académie, prévu pour être partiellement accessible aux maires, " Base élèves " pourrait donc constituer, non un outil de gestion, mais un véritable fichage des enfants, dès la maternelle. Croisé avec d'autres fichiers, compte tenu notamment de la loi de mars 2007 sur la " prévention de la délinquance ", qui encourage les travailleurs sociaux et les maires à utiliser les données scolaires et qui prévoit que les établissements scolaires " participent à la prévention de la délinquance ", " Base élèves " a de quoi inquiéter.

Comparé au registre papier traditionnel qui ne consignait que quelques informations relatives à l'identité de l'enfant, de ses responsables, à son école précédente, ce logiciel permet certes un bond quantitatif. Mais dans quel but ? La gestion des élèves et de leur scolarité se fait à l'échelle d'une école, du groupe d'adultes qui suit son apprentissage. À quoi bon un fichier académique, voire national, auquel certains enseignants signalent avoir pu librement accéder sur internet ? Quant à participer " à la prévention de la délinquance ", cela semble un rôle évident pour une école et ses personnels, même si l'expression fleure un peu trop le képi et les barreaux de prison. Mais pour cela il faut appliquer une politique éducative riche et large, c'est-à-dire donner à l'école les moyens suffisants en adultes encadrants et en financements. N'est-ce pas l'orientation exactement inverse que suit actuellement le gouvernement, avec ses scandaleuses économies sur l'éducation nationale, fermetures de classes et milliers de suppressions de postes compris ?

Le ministre, Darcos, vient d'annoncer un nouvel allégement du questionnaire, les paragraphes sur la situation sociale de la famille devenant facultatifs. Il n'en demeure pas moins que cette version " soft " constitue un fichage inutile, potentiellement dangereux et... forcément coûteux - à un moment où, au nom des économies, on rogne sur des dépenses qui seraient autrement utiles - de six millions et demi d'enfants pendant les six ou sept ans de leur scolarité en maternelle et en primaire. C'est un fichier de plus entre les mains de l'administration et de l'État, qui n'en ont déjà que trop !

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