Le coup d'envoi de « Mai 1968 » .30/04/20082008Journal/medias/journalnumero/images/2008/05/une2074.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Divers

Le coup d'envoi de « Mai 1968 » .

De Gaulle était arrivé au pouvoir dix ans auparavant, après l'émeute algéroise du 13 mai 1958 déclenchée par les partisans de l'Algérie française, au terme d'une quinzaine marquée par un véritable chantage à la guerre civile. Les dirigeants des syndicats, dont la CGT, le principal d'entre eux, et des partis de gauche, dont le Parti Communiste Français, avaient dénoncé son « pouvoir monarchiste », mais s'abritaient derrière l'idée qu'on ne pouvait rien faire contre ce « pouvoir fort », pour justifier leur attitude timorée. C'est cette idée-là que les manifestations étudiantes qui se déroulèrent du 3 au 10 mai 1968 firent voler en éclats.

La situation politique à la veille de mai 1968.

Une large fraction de cette jeunesse étudiante s'était politisée depuis quelques années. Cela avait commencé avec l'opposition à la guerre d'Algérie. Mais elle ne s'était pas tournée vers les partis de la gauche traditionnelle. Ni vers le Parti Socialiste, qui s'était si profondément compromis dans la répression en Algérie. Ni vers le Parti Communiste qui, après avoir voté les pouvoirs spéciaux à Guy Mollet, s'était montré singulièrement passif, laissant l'UNEF, le principal syndicat étudiant, manifester seule en octobre 1960 pour le droit à l'indépendance du peuple algérien.

À la veille de 1968, c'est une autre guerre, celle que l'impérialisme américain livrait au Vietnam, qui mobilisa une fraction de la jeunesse universitaire. Et dans ce contexte les groupes révolutionnaires, ceux que L'Humanité appelait les « gauchistes », se renforcèrent sensiblement.

L'étincelle : la révolte étudiante.

Au printemps 1968, les facultés furent le théâtre d'une certaine agitation, en particulier à Nanterre. Les revendications des étudiants étaient confuses : à celles d'une réforme de l'enseignement, de la disparition de règlements de caserne régissant la vie dans les facultés, se mêlait une contestation de la société.

Suite à la décision du doyen de la faculté de Nanterre de fermer celle-ci se tint, le 3 mai, un meeting de protestation à la Sorbonne. La police intervint, investissant la faculté et embarquant les étudiants rassemblés dans la cour pour ce meeting. Des manifestations de protestation contre ces arrestations, des bagarres, éclatèrent alors au Quartier latin. Les affrontements entre étudiants et forces de police furent très violents. La Sorbonne fut fermée à son tour. Suite à cela, et en riposte à des condamnations d'étudiants à des peines de prison ferme, l'UNEF appela à la grève générale et illimitée à partir du 6 mai et à une manifestation ce jour-là devant la Sorbonne.

Durant une semaine, du 6 mai au 10 mai, de grandes manifestations se déroulèrent à Paris, ainsi que dans nombre de villes de province, comme Toulouse, Caen ou Strasbourg. Les étudiants ne manifestaient plus seulement pour leurs revendications, mais pour protester contre les brutalités policières et obtenir la libération de leurs camarades emprisonnés.

Aux revendications de la jeunesse étudiante, le pouvoir répondait par des CRS, des gendarmes mobiles, des matraques et des grenades lacrymogènes. Mais les étudiants ne se laissaient pas faire. Chaque nouvelle tentative d'intimidation amenait de nouvelles manifestations.

Au fil des jours, et des manifestations, la population prenait de plus en plus fait et cause pour ces jeunes étudiants, bientôt rejoints par les lycéens. La violence de la répression choquait. La détermination des jeunes manifestants, elle, forçait l'admiration, en particulier auprès des jeunes travailleurs qui voulaient tout autant en découdre. C'était en effet la première fois à Paris depuis bien longtemps que des manifestants tenaient tête à des policiers qui pour, nombre d'entre eux, avaient été « formés » durant la période de la guerre d'Algérie.

Le Parti Communiste, lui, ne soutenait pas les manifestants étudiants, bien au contraire. Il ne cessait de les dénigrer, les accusant d'être des « fils à papa », attribuant les violences dans les manifestations à des « provocateurs »... étudiants. Georges Marchais écrivait, dans L'Humanité du 3 mai, à propos de ceux qui étaient accusés d'être des meneurs : « Ces faux révolutionnaires doivent être énergiquement démasqués car, objectivement, ils servent les intérêts du pouvoir gaulliste et des grands monopoles capitalistes. » Rien que cela ! L'Humanité du dimanche 5 mai reproduisait un tract de l'Union des étudiants communistes, l'UEC, diffusé depuis deux jours au Quartier latin, qui dénonçait « la responsabilité du pouvoir et des aventuriers gauchistes. (...) Par leurs mots d'ordre aventuristes, par leur conception de l'action violente de petit groupe, ils n'offrent aucune perspective concrète et freinent la mobilisation massive des étudiants qui, seule, peut faire reculer le pouvoir. »

Durant la nuit du vendredi 10 mai, les étudiants parisiens, regroupés au Quartier latin, transformèrent celui-ci en un camp retranché, dont les barricades de la rue Gay-Lussac devinrent le symbole. Quand la police intervint, elle le fit avec une sauvagerie particulière, matraquant les secouristes, arrachant les blessés des brancards. Les blessés se comptèrent par centaines. La violence de la répression, décrite en direct, minute par minute, par les radio-reporters, souleva dans le pays une indignation si profonde que les syndicats ouvriers décidèrent cette fois d'appeler à une journée de manifestation et de grève générale pour le 13 mai, aux côtés de l'UNEF, en solidarité avec les étudiants, procédant à un revirement spectaculaire en appelant à manifester avec ceux que, la veille encore, ils traitaient d'irresponsables faisant le jeu du pouvoir.

Le 13 mai 1968 : une journée qui allait changer la situation politique du pays.

Le 13 mai, la grève paralysa le pays. Durant toute la journée, étudiants et ouvriers descendirent dans la rue par centaines de milliers un peu partout en France. Ils furent, d'après la presse, un million à défiler dans la capitale de la gare de l'Est à Denfert-Rochereau. On chantait L'Internationale, seuls flottaient les drapeaux rouges. Ouvriers et étudiants, malgré les réticences de la CGT, se mêlaient au coude à coude, conspuant De Gaulle aux cris de : « Dix ans ça suffit ! » L'enthousiasme était à son comble, les manifestants prenant conscience de leur force et de leur nombre. On n'avait pas vu une telle mobilisation depuis 1936.

Il ne s'agissait pas là d'une manifestation et d'une grève portant sur des revendications précises. Il s'agissait d'une grève politique. À la solidarité avec le mouvement étudiant venait s'ajouter le profond mécontentement de la population contre un pouvoir gaulliste qui monopolisait tout depuis dix ans.

Cette journée du 13 mai servit de détonateur à la grève générale. Le lendemain dans les entreprises, il y avait partout « de l'électricité dans l'air », comme le disait alors un ouvrier de Renault. Les premières grèves de la vague qui allait paralyser le pays tout entier éclatèrent en province dès le 14 mai. Du 13 mai au 25 mai, la grève allait se généraliser et donner aux événements de mai 1968 une autre dimension.

Aline RETESSE.

Nous poursuivrons le récit de ces événements dans les prochains numéros.

A la fête, Lutte Ouvrière présentera sa brochure « mai-juin 68 : histoire et leçons d'une explosion sociale » samedi 10 mai à 17 heures. En complément de cette brochure on trouvera à la Fête une autre brochure, contenant des fac-similés des journaux Voix Ouvrière et Lutte Ouvrière parus en mai-juin 1968.

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