Italie : Comment Prodi a ramené Berlusconi18/04/20082008Journal/medias/journalnumero/images/2008/04/une2072.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Italie : Comment Prodi a ramené Berlusconi

Cette fois il n'aura pas fallu cinq ans, mais à peine deux ans, pour que le centre-gauche italien, parvenu au gouvernement sous la direction de Romano Prodi, ramène au pouvoir la droite. La coalition dirigée par Prodi, " l'Unione ", n'avait gagné que d'un cheveu les élections des 9 et 10 avril 2006, malgré le discrédit qui frappait alors la droite après cinq ans de gouvernement Berlusconi. Mais Prodi s'est employé très vite à utiliser le peu de crédit dont il disposait pour gouverner contre les classes populaires, entraînant un rejet dont on voit le résultat aujourd'hui. C'est donc l'affairiste milliardaire Berlusconi, entouré de ses alliés d'extrême droite et des démagogues xénophobes de la Ligue du Nord, qui a triomphé aux élections législatives anticipées de ces 13 et 14 avril 2008.

Le "professeur" Prodi avait proclamé sa volonté d'engager rapidement les " réformes " dont l'Italie avait besoin pour redresser son économie. On connaît ce refrain, repris par tous les gouvernements européens. En l'occurrence, la promesse d'améliorer le pouvoir d'achat grâce à un dégrèvement fiscal de 5 % a été tenue... mais n'a profité qu'au patronat sans que les salariés en voient la couleur. Un accord sur " l'État social " a été signé avec les syndicats, avec pour résultat principal l'augmentation de l'âge de la retraite. Par ailleurs, puisque la collaboration des grandes centrales syndicales avec le gouvernement lui assurait la paix sociale, le patronat a pu imposer ses exigences, avec des contrats collectifs laissant les salaires à la traîne.

Dans le même temps, la promesse d'enrayer le développement de la précarité passait à la trappe, pendant que l'augmentation du nombre d'accidents du travail qui en résulte devenait un scandale national... sans que gouvernement et patronat lèvent le petit doigt pour y remédier.

Quel "gouvernement ami" ?

Voilà comment celui que les dirigeants syndicaux qualifiaient de " gouvernement ami " s'est chargé de décevoir les travailleurs et l'électorat de gauche qui avaient pu placer en lui quelque espoir de changement. On peut y ajouter ses capitulations devant les pressions de l'Église, avec l'abandon du projet d'instaurer les " dicos " qui auraient été une version italienne du Pacs. Prodi s'est chargé aussi de dresser contre lui des catégories sociales populaires plutôt liées à la droite, comme les petits commerçants et les chauffeurs de taxis, par des mesures de libéralisation décidées au nom de la lutte contre les " privilèges "... sans jamais parler bien sûr de s'en prendre aux privilèges du grand patronat dont, dans le même temps, les profits battaient des records.

Prodi a mis à profit l'atout dont il disposait en ayant rassemblé en 2006 sous sa houlette tous les partis de gauche, sous prétexte que cela était nécessaire pour chasser Berlusconi. Ainsi pendant deux ans il a eu le soutien et la participation non seulement des DS (l'ancien Parti communiste, devenu les " démocrates de gauche " et aujourd'hui le Parti démocrate de Veltroni), mais aussi des deux Partis communistes maintenus. Ces deux partis ont parfois tenté de se démarquer, élevant tout au plus quelques timides objections à la politique gouvernementale lorsqu'elle était trop clairement dirigée contre les travailleurs, ou par exemple à l'occasion du renouvellement de la mission militaire en Afghanistan. Prodi leur a imposé silence, toujours au nom de la solidarité gouvernementale pour empêcher le retour de Berlusconi, sans que cela empêche les campagnes de la droite et d'une grande partie de la presse contre ce gouvernement qui aurait été " otage de la gauche radicale " !

Un climat réactionnaire

De même ont été oubliées les promesses de remettre en question la loi Bossi-Fini sur l'immigration, due au précédent gouvernement Berlusconi. Au contraire, devant les campagnes sécuritaires et anti-immigrés d'une grande partie de la presse, les maires des grandes villes et le gouvernement ont pris des décrets renforçant l'arbitraire des expulsions.

En revanche, le scandale du non-traitement des ordures dans la région de Naples, qui a soulevé la colère de la population, a mis en relief la capitulation du gouvernement devant les puissances financières impliquées, y compris la camorra, la mafia napolitaine plus puissante que jamais.

C'est dans ce climat que, pour finir, le gouvernement Prodi est tombé. Cela n'a pas été par la faute de cette soi-disant " gauche radicale " qui l'aurait pris en otage à en croire les journaux, mais par celle d'un de ses alliés dirigeant un petit parti du centre, Clemente Mastella. Mécontent que la magistrature ait engagé une enquête sur des faits de corruption touchant son épouse et lui-même, il a voté contre Prodi et rejoint la coalition de droite, sans le moindre scrupule, lui, pour le fait de ramener Berlusconi !

C'est donc celui-ci qui s'installe maintenant au gouvernement sur fond de désillusion des classes populaires, de déroute de la gauche et de campagnes réactionnaires. Il a déjà promis que " ce sera dur " : il s'apprête à faire de nouveau payer les travailleurs et les classes populaires, d'autant plus que c'est un contexte de stagnation, voire de profonde crise économique qui s'annonce.

Mais peut-être en effet qu'il sera plus dur pour Berlusconi de s'attaquer aux travailleurs que cela ne l'a été pour Prodi ; non seulement parce qu'il ne disposera sans doute pas du même soutien des confédérations syndicales, mais surtout parce que bon nombre de travailleurs en ont assez de se montrer patients. Et ils n'ont aucune raison de se sentir démoralisés par l'échec d'une gauche qui a capitulé sur toute la ligne dans la défense de leurs intérêts, et en revanche toutes les raisons de faire confiance à leurs propres forces, à leur luttes, pour défendre leurs intérêts vitaux.

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