Air France : Des grèves qui appellent une riposte d'ensemble.27/12/20072007Journal/medias/journalnumero/images/2007/12/une2056.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Air France : Des grèves qui appellent une riposte d'ensemble.

Après la grève nationale de cinq jours de ses hôtesses et stewards à la Toussaint, Air France vient de connaître quatre nouveaux jours de grève, cette fois des personnels au sol à Orly-Ouest et dans les régions à la veille de Noël. Dans les deux cas, les salaires et les conditions de travail sont à l'origine de la grève.

Celle de fin de décembre a été menée par des personnels de Piste, du Passage (embarquement, enregistrement), du Trafic et des services Supports. Très largement suivie à l'aéroport d'Orly-Ouest, elle a aussi touché ceux de Marseille, Toulouse, Nantes, Nice. Cela a fortement perturbé le trafic. Car, quoi qu'ait voulu faire croire la direction, il y a eu plus de 70 % de grévistes à Orly-Ouest et même 100 % chez les personnels en CDI du Passage. Du coup, la compagnie a, par exemple, dû annuler 82 vols sur les 116 programmés à Orly, jeudi 20 décembre.

Suivant son habitude de désinformation par voie de presse, Air France avait affirmé qu'elle assurerait la plupart de ses vols. Elle savait qu'en incitant ainsi les passagers à se rendre dans les aérogares sans qu'ils puissent embarquer, elle provoquerait la pagaille. Et, espérait-elle, la colère des usagers qui, montée en épingle par les chaînes de télévision, ferait pression sur les grévistes en cette période de grands départs.

Air France en a été pour ses frais : ses clients bloqués s'en prenaient à sa direction qui les avait fait venir pour rien, sans mettre particulièrement en cause les grévistes. Car la presse peut se faire l'écho d'Air France, gros annonceur publicitaire, quand elle ment en présentant ses salariés comme des " nantis ", cela commence à se savoir que les salaires et conditions de travail de la grande majorité d'entre eux ne sont pas aussi glamour que la publicité de la compagnie.

1 191 euros brut à l'embauche : même vêtu (parfois) d'un uniforme Christian Lacroix, on ne va pas loin avec si peu ! Et puis, il y a les nombreux précaires, avec des temps partiels imposés, qui ont encore moins pour vivre. Cela alors qu'Air France égrène depuis des années les annonces de profits (1,14 milliard d'euros pour les six derniers mois) toujours plus importants qui en ont fait la compagnie aérienne la plus profitable du monde (+ 860 % pour les actionnaires en un an !).

Air France a tellement d'argent (6 milliards d'euros de trésorerie disponible) que, depuis des mois, elle se dit prête à racheter cash Alitalia qui connaît des difficultés commerciales. Cela pour un montant si élevé qu'Air France a préféré ne pas le préciser. Au final, cela pourrait se faire sous forme d'échange d'actions... sauf si un autre larron emporte le morceau.

Alors, quand le PDG s'accorde 82 % de mieux sur son salaire (de 1,2 million d'euros, plus 65 000 actions, plus 442 000 euros de retraite dorée très " spéciale " !) et que dans le même temps le personnel, lui, n'a droit qu'à 1,4 % d'augmentation, il est naturel que les grévistes réclament 300 euros pour rattraper les pertes subies par leur pouvoir d'achat, une revalorisation du point et des embauches en CDI au lieu de nouvelles suppressions d'emplois (près de 250 sont prévues sur la seule escale d'Orly-Ouest).

Si, dans les autres secteurs de la compagnie, cette grève, comme celle d'octobre dernier, a été suivie attentivement par les salariés qui font tous, peu ou prou, le même constat quant à leurs salaires et à leurs conditions de travail, la plupart des directions syndicales tenaient à montrer qu'elles ne soutenaient pas les grévistes.

À Orly-Ouest, les sections locales de la CGT et de Sud appelaient à la grève, mais pas les autres syndicats. En province, seul Sud appelait. En outre, le bureau national de la CGT, syndicat le plus influent parmi les personnels ouvriers et techniques, apparaissait comme opposé à cette grève depuis des semaines, en multipliant notamment les injonctions à sa section d'Orly-Ouest pour qu'elle lève son préavis.

De nombreux syndicalistes CGT ont bien entendu été choqués et que, dans ces conditions, la grève ait été largement suivie est déjà en soi un succès. Étant donné les réflexions souvent entendues - " Il faudrait s'y mettre tous ensemble " - même dans des endroits n'ayant pas fait grève, la direction d'Air France aurait tort de croire qu'elle va s'en tirer avec la seule promesse de négociations salariales avancées de quelques semaines.

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