Darfour : Kouchner au secours des réfugiés, ou du groupe Total ?08/06/20072007Journal/medias/journalnumero/images/2007/06/une2027.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Darfour : Kouchner au secours des réfugiés, ou du groupe Total ?

Le nouveau ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a fait sensation en déclarant vouloir faire du Darfour sa priorité et en proposant de sécuriser un " corridor humanitaire " à partir du Tchad afin, prétend-il, de venir en aide aux populations qui sont dans une situation très difficile. Il a été aussitôt critiqué par un ancien collègue, responsable de Médecins sans frontières, le docteur Denis Lemasson, très opposé à une telle proposition.

Selon lui, " la proposition de M. Kouchner, qui fait l'amalgame entre militaire et humanitaire, est dangereuse, les humanitaires risquent d'être assimilés à une partie du conflit et de devenir une cible. On l'a vu maintes fois, mélanger action humanitaire et intervention armée s'avère le plus souvent inefficace car, pour atteindre les populations, les secours doivent rester neutres et indépendants de tout pouvoir politique et être perçus comme tels. Or les corridors humanitaires sécurisés proposés par M. Kouchner ne seraient plus des espaces de travail neutres. Au lieu de renforcer l'assistance humanitaire, c'est l'effet inverse qui risque de se produire. " Les représentants de Médecins du monde ou d'Actions contre la faim ont défendu un point de vue voisin.

Actuellement, deux millions de personnes sont déplacées au Darfour et leur survie dépend essentiellement de l'aide humanitaire internationale apportée par quelque 10 000 travailleurs des organisations humanitaires, selon Médecins sans frontières, qui y acheminent eau, nourriture et soins médicaux. Sur le plan politique, malgré les accords d'Abuja signés en mai 2006, rien n'est réglé, les groupes armés, rebelles ou forces gouvernementales, sont éclatés en dizaines de groupes qui s'affrontent, entretenant violence et insécurité, frappant les populations déplacées mais aussi les humanitaires.

Kouchner et le gouvernement français prétendent, avec l'appui de l'Union européenne, créer un couloir dit sécurisé avec plusieurs milliers de militaires pour venir en aide aux 400 000 personnes réfugiées au Tchad, le long de sa frontière commune avec le Soudan. Mais depuis quelque temps le groupe Total, qui ne laisse pas Kouchner indifférent, se heurte à des difficultés dans cette région, riche en pétrole. Cela, depuis que les dirigeants de Khartoum ont obtenu le soutien de Washington en 2001, et que depuis lors ils font tout pour contrecarrer la présence de Total, au Sud-Soudan comme au Tchad.

Le gouvernement Sarkozy-Kouchner se retrouverait alors dans un rôle qu'il affectionne : aider, comme tous les gouvernements avant lui, le groupe pétrolier Total à préserver ses précieux profits. Peu importerait alors si l'action militaire compromettait l'action des organisations humanitaires. A côté des intérêts en jeu, le sort des réfugiés soudanais ne pèserait pas lourd.

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