Turquie : La manifestation du 14 avril à Ankara, la laïcité de l'État en question ?19/04/20072007Journal/medias/journalnumero/images/2007/04/une2020.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Turquie : La manifestation du 14 avril à Ankara, la laïcité de l'État en question ?

Plus de deux cent mille personnes, selon la presse, se sont rassemblées le samedi 14 avril dans les rues d'Ankara, à l'appel de l'Association pour la défense de la pensée d'Atatürk, dirigée par l'ex-général Sener Eruygur, une association liée aux milieux des cadres de l'armée. Selon les organisateurs, l'objectif était de " défendre l'État laïque " en s'opposant à l'accession de Recep Tayyip Erdogan, l'actuel Premier ministre, à la présidence de la République.

C'est en effet du 16 au 23 avril que doivent se déclarer les candidats à cette fonction essentiellement honorifique. En Turquie, le président de la République est élu, non au suffrage universel, mais par les parlementaires. Or le parti d'Erdogan, l'AKP (Parti de la justice et du développement), dispose d'une majorité absolue au Parlement depuis les élections de 2002, tout en ayant recueilli à peine plus de 34 % des voix. Son candidat sera donc assurément élu.

Erdogan et son parti l'AKP se présentent comme des " islamistes modérés ", montrant un attachement discret à l'islam propre à séduire une partie de la population, y compris dans les couches populaires. Les opposants à sa candidature présentent celle-ci comme un danger pour l'" État laïque " qui existe en Turquie depuis Mustafa Kemal. Mais cet argument venant de la couche des officiers et de l'état-major de l'armée qui sont partie prenante de l'opposition à Erdogan, comporte une bonne dose d'hypocrisie. C'est l'armée elle-même qui a favorisé directement et indirectement le regain d'influence de la religion. À la suite du coup d'État de 1980, les généraux ont interdit toutes les organisations syndicales de gauche et d'extrême gauche et imposé dans les écoles des cours de religion musulmane pour combattre l'influence de leurs idées. D'autre part, les militaires et leurs alliés civils, à la tête d'un État gangrené, corrompu, divisé entre diverses mafias qui se partagent ses revenus, ont rejeté une partie de l'opinion vers ceux qui présentaient la religion comme un recours contre cette corruption.

Le parti d'Erdogan a bénéficié de l'énorme discrédit de ses prédécesseurs et du rejet, par une grande partie de la population, des scandales et crises financières qui leur étaient associés. De plus, depuis quelques années, l'inflation ne tourne plus à 100 % mais à 20 % et l'AKP ne semble pas avoir, pour l'instant, épuisé son capital de crédit auprès d'une partie des couches populaires.

L'enjeu réel de la situation est, derrière l'étendard de la " laïcité " dont se paraient les organisateurs de la manifestation du 14 avril, les nombreux postes et sinécures qu'occupent de plus en plus nombreux, depuis 2002, les politiciens et hommes de l'appareil AKP, au détriment de tous les autres partis bourgeois et... de l'armée.

Ceux qui veulent réellement défendre la laïcité de l'État turc et surtout les droits qui vont avec, en matière culturelle ou en matière des droits des femmes par exemple, ont intérêt à se méfier de tels défenseurs qui, eux, n'ont en vue que la défense de leurs places.

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