Flexi-sécurité contre sécurité sociale professionnelle ? Les mains libres pour licencier29/03/20072007Journal/medias/journalnumero/images/2007/03/une2017.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Flexi-sécurité contre sécurité sociale professionnelle ? Les mains libres pour licencier

Un mot nouveau est apparu dans les rangs de la droite au cours de cette campagne électorale : la " flexi-sécurité ". En échange de la " flexibilité ", c'est-à-dire en acceptant d'être licenciés, les salariés bénéficieraient de la " sécurité ".

En fait, c'est dans le droit fil de ce que les politiciens de droite ressassent à propos des lois régissant le Code du travail, qu'ils estiment trop rigide. À les entendre, si les patrons n'embauchent pas, ce serait parce qu'ils ne peuvent pas licencier les salariés aussi facilement qu'ils le souhaiteraient !

Sarkozy propose de remplacer les actuels contrats de travail par un contrat de travail unique, qu'il qualifie de CDI. Mais le CNE (comme le CPE avant que Villepin ne l'enterre) est lui aussi appelé contrat à durée indéterminée... sauf que la période d'essai s'étend sur deux ans ! Et quand, à l'émission " Elysée 2007 " diffusée sur M 6 dimanche 25 mars, Arlette Laguiller a demandé à Xavier Bertrand, le porte-parole de Sarkozy, de combien de temps serait la période d'essai dans ce nouveau contrat unique, il a refusé de répondre. Il est resté dans le vague, disant seulement : " Plus vous avancez dans le contrat, plus les périodes d'essai se réduisent et plus les droits sociaux augmentent " ! Si l'on n'est pas licencié, évidemment, pendant que le patron peut le faire sans entrave...

Derrière ces mots de " contrat unique " et de " flexi-sécurité " se cache la volonté de restreindre encore plus les droits des travailleurs et les quelques protections qui leur restent contre les licenciements.

La " sécurité sociale professionnelle " que propose Ségolène Royal n'offre guère plus de garanties aux chômeurs, en tout cas pas celle de retrouver vite un emploi. Elle permettrait, selon ses dires, à chaque personne privée d'emploi de percevoir pendant un an 90 % de son dernier salaire net perçu, ce qui est supérieur à ce qu'un chômeur touche actuellement. Mais que se passera-t-il au bout d'un an ? Combien de chômeurs peuvent espérer avoir retrouvé un emploi au terme de cette période, dans les mêmes conditions de salaire ou de durée du travail ?

Ségolène Royal déclare aussi que cette sécurité sociale professionnelle s'accompagnerait d'une " formation qualifiante et d'une aide personnalisée à la recherche d'emploi ". Mais qu'y aurait-il là de nouveau par rapport à ce qui se pratique actuellement où, à défaut de proposer des emplois qu'elle n'a pas, l'ANPE ne peut offrir aux chômeurs que des pseudo-formations, elles aussi appelées " qualifiantes " mais qui n'offrent aucune qualification réelle et ne débouchent pour ainsi dire jamais sur un emploi. Si les chômeurs acceptent de les suivre, c'est sans illusion, mais bien parce que c'est pour eux le seul moyen de continuer à percevoir des indemnités.

Rien ne garantit non plus aux chômeurs que leur situation ne sera pas pire qu'aujourd'hui, où ils sont indemnisés pendant vingt-trois mois, car Ségolène Royal ne dit pas qu'ils seront indemnisés au-delà d'une année. En revanche, Julien Dray l'a rappelé au cours de l'émission de M6, ils devront prendre " l'engagement de répondre à toute offre d'emploi individuelle " qui leur sera proposée. Cela rejoint l'obligation faite aux salariés d'accepter n'importe quel emploi mise en avant dans le contrat unique proposé par Sarkozy.

Ainsi, la " flexi-sécurité " version de droite et la " sécurité sociale professionnelle " version Royal se rejoignent sur l'essentiel. Il faudrait se résigner à être licencié, à ne plus avoir un " poste de travail à vie ". En échange, le salarié se verrait garantir un " accompagnement " dont rien ne dit qu'il serait meilleur que celui fourni aujourd'hui par l'ANPE, les Assedic, voire l'ASS et le RMI. Licenciements et plans sociaux seraient ainsi banalisés.

Eh bien, la seule véritable garantie pour les travailleurs serait d'abord l'interdiction des licenciements, en premier lieu dans les entreprises qui font des profits. Il faut d'abord que les travailleurs soient garantis de conserver un emploi et un salaire. Cela doit aller de pair avec la possibilité de contrôler les comptes des grandes entreprises et d'aller prendre l'argent là où il est, pour assurer de toute façon l'existence de ceux qui n'ont que leur travail pour vivre.

Au lieu de cela, les propositions de ces candidats semblent d'abord vouloir garantir aux patrons de pouvoir licencier comme ils veulent.

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