Airbus : Sarkozy, Royal et Cie bavardent,les patrons licencient08/03/20072007Journal/medias/journalnumero/images/2007/03/une2014.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Editorial

Airbus : Sarkozy, Royal et Cie bavardent,les patrons licencient

Pendant que les stars de cette campagne électorale, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, et le second rôle François Bayrou amusent la galerie avec leurs programmes et s'empaillent sur le chiffrage des coûts, deux conseils d'administration de grandes entreprises, Airbus et Alcatel-Lucent, viennent de montrer qu'ils sont les véritables patrons, et pas seulement de leurs entreprises, mais de toute l'économie.

Airbus vient d'annoncer qu'il a l'intention de supprimer 10 000 emplois, dont 4 300 en France. Six usines sont menacées de fermeture, dont deux en France. Pour l'une de ces usines, celle située à Méaulte, la fermeture serait en même temps la condamnation à mort de cette petite ville.

Airbus, ce n'est pas une petite entreprise au bord de la faillite. C'est un grand groupe industriel qui fait du profit et qui distribue des dividendes à ses actionnaires privés, Lagardère en tête, une des plus grandes fortunes du pays.

Les dirigeants eux-mêmes reconnaissent que les retards de livraison à l'origine des problèmes de l'entreprise sont dus à des erreurs de coordination au niveau des différentes directions.

Les travailleurs n'y sont pour rien et ce n'est pas à eux de payer, et de payer doublement. Parce que paieront ceux dont la direction supprime l'emploi, mais tous les autres paieront aussi par l'augmentation de leur charge de travail.

La direction a profité des problèmes qu'elle a elle-même créés pour prétendre que, pour sauver l'entreprise, il n'y a pas d'autre moyen que de faire faire plus de travail avec moins d'effectif.

Devant l'annonce du plan de licenciements d'Airbus, la première réaction de Sarkozy a été d'affirmer que " le problème d'Airbus réside dans le manque d'actionnariat industriel ", mettant en cause le fait que l'État y est présent.

Comme si au même moment qu'Airbus, il n'y avait pas de licenciements dans cette entreprise entre les mains d'actionnaires privés qu'est Alcatel-Lucent qui annonce la suppression de 12 500 emplois, dont 1 468 en France. Comme si, ce lundi même, Streiff, le nouveau patron du trust Peugeot-Citroën, n'avait pas annoncé qu'il procédera lui aussi à une baisse des effectifs de son entreprise.

Mais, pour Sarkozy, porte-voix du grand patronat, l'État n'a pas à se mêler des décisions des conseils d'administration qui doivent rester souverains pour décider ce qu'ils veulent et donc licencier.

Quant à Ségolène Royal, elle prétend prendre la tête d'une " riposte sociale ". Elle propose que les régions entrent dans le capital d'Airbus, un peu comme cela se pratique en Allemagne où les régions, les Länder, ont une part dans le capital de cette entreprise. Mais leur présence n'a pas empêché Airbus de licencier aussi en Allemagne !

En outre, si Ségolène Royal veut que les régions, voire l'État, entrent dans le capital d'Airbus, demande-t-elle aux capitaux privés, notamment ceux de Lagardère, d'en sortir ? Et si oui, à quel prix ?

Que l'argent public des régions vienne s'ajouter aux capitaux privés d'Airbus ou qu'il serve à racheter à prix élevé les actions de Lagardère, dans les deux cas, cet argent viendrait au secours du capital privé, sans même que ce soit une garantie pour les travailleurs que les emplois seront préservés.

Mais on n'a pas entendu Ségolène Royal affirmer clairement que, si elle est élue, elle s'opposera à toute suppression d'emploi chez Airbus. Le promettrait-elle qu'il faudrait veiller à ce qu'elle tienne sa parole, mais elle ne le promet même pas !

Ces suppressions d'emplois, c'est un gâchis humain et économique qui illustre le fonctionnement aberrant de ce système économique. Cela illustre aussi l'impuissance des dirigeants de l'État et leur refus de s'opposer aux grands groupes dont la décision de fermer une usine est une catastrophe pour les travailleurs jetés à la porte et pour toute la société.

Arlette LAGUILLER

Éditorial des bulletins d'entreprise du 5 mars 2007

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