Pendant que tourne le manège électoral, les attaques continuent.28/02/20072007Journal/medias/journalnumero/images/2007/03/une2013.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Tribune de la minorité

Pendant que tourne le manège électoral, les attaques continuent.

L'avionneur européen Airbus vient d'annoncer un " plan d'économies ". Un plan massif, européen lui aussi : dix sites sont menacés, dont quatre en Allemagne et quatre en France. Dix mille emplois seraient détruits, dont 4300 dans l'hexagone. Et Airbus prolonge une série : Alcatel-Lucent veut supprimer près de 2000 emplois en France (12000 dans le monde). Il y a aussi Ford en Gironde. Et encore Well, Aubade, Dim, Arena...

Des milliers de travailleurs sont directement menacés, et on sait que les dégâts s'étendent, bien au-delà des licenciés des entreprises, aux salariés des filiales, à leurs familles à tous, aux commerçants des villes touchées. Depuis plus de 20 ans, c'est la vie de l'ensemble des travailleurs qui est pourrie par le chômage. Chantage à l'emploi, embauche de précaires avec lesquels les patrons se croient tout permis... La bourgeoisie aggrave ainsi l'exploitation sous tous ses aspects. Le plan Airbus le montre bien, puisqu'il prévoirait, par-dessus le marché, de faire passer la semaine de travail de 35 à 40 heures sans augmentation de salaires.

La dégradation générale des conditions de travail, les pressions parfois insupportables, ne sont pas froide statistique. On a appris la semaine dernière le troisième suicide en quatre mois au Technocentre de Renault Guyancourt, le quatrième en deux ans et demi. Quelques jours plus tôt, un ouvrier de Peugeot-Citroën à Charleville-Mézières a mis fin à ses jours en invoquant lui aussi ses conditions de travail. Et pour quelques cas aussi extrêmes, combien de stress, de dépressions, de vies minées ? L'exploitation capitaliste est criminelle, ce n'est pas une simple expression !

Tout cela reste pourtant loin, très loin du grand monde politique. À propos du plan Airbus, Villepin a expliqué qu'" ajuster les besoins de l'entreprise, ça implique des mesures en termes d'emploi qui sont difficiles ". Pas trop " difficiles " pour lui et ses semblables, quand même... Chirac, de son côté, est allé voir Angela Merkel, la chancelière allemande, pour affirmer avec elle l'" intérêt à un partage équitable des efforts ", sous-entendu : il faut un nombre équivalent de suppressions d'emplois de chaque côté du Rhin. Façon de placer le problème au niveau d'on ne sait quelle concurrence entre travailleurs français et allemands, alors qu'il faudrait imposer aux responsables, les patrons des deux pays, l'interdiction de tout licenciement. L'actuel gouvernement gère la situation avec son cynisme habituel, et si Sarkozy qui en est membre devenait calife à la place du calife, il n'y aurait évidemment aucune " rupture " à attendre sur ces questions.

Mais que dit la gauche qui tente de revenir aux affaires ? Interrogée sur les plans de licenciements, Ségolène Royal a proposé que " les syndicats aident à la recherche de compromis qui permettent de sauver des emplois ou, lorsqu'on est contraint d'en supprimer, de reclasser les salariés ". Des compromis honteux et reclassements bidons, cela fait des années que les licencieurs en proposent. Il n'y a qu'à demander aux travailleurs de Moulinex, de Lu et tous les autres passés par là, à quoi ça leur a servi... Ségolène Royal voudrait juste compromettre les syndicats davantage dans le sale boulot !

Et ça n'est pas la nouvelle équipe Royal qui nous rassurera. Bien significatif, le fait que les " éléphants " du PS l'ont au grand complet rejointe, les Fabius, Strauss-Kahn et Jospin, ceux précisément qu'on a vus à l'oeuvre, dans des gouvernements précédents. On la connaît, leur politique. Quand Jospin était Premier ministre, alors que Michelin licenciait massivement, il haussait les épaules en disant " je ne crois pas qu'on puisse administrer l'économie ". Tout un symbole aussi que le patron d'Airbus, celui qui gère les suppressions d'emplois actuelles, soit l'ancien dirigeant de la SNCF Louis Gallois, un des célèbres " patrons de gauche " !

Interdire les licenciements, mettre un coup d'arrêt à la dégradation des conditions de travail, c'est urgent et vital. Ce sera l'affirmer que voter pour Arlette Laguiller. Mais pour l'imposer, il faudra faire goûter au patronat les raisins de notre colère. Car comment croire sérieusement que Sarkozy ou Royal changeront quoi que ce soit, sinon en pire, à la vraie vie, la nôtre ?

Editorial des bulletins d'entreprise L'Étincelle, édités par la Fraction, du lundi 26 février 2007.

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