Russie : Les ouvriers de Ford ne lâchent pas.22/02/20072007Journal/medias/journalnumero/images/2007/02/une2012.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Russie : Les ouvriers de Ford ne lâchent pas.

Le 14 février, l'équipe de nuit de Ford à Vsevolojsk, près de Saint-Pétersbourg, s'est mise en grève. Au matin, une autre équipe l'a rejointe, puis les autres travailleurs de cette usine qui en compte 1900, encadrement compris. Au total, 80% des salariés ont décidé cette grève. Et la direction en a été pour ses frais, elle qui avait obtenu qu'un tribunal décrète la grève illégale.

Le code du travail russe pose de telles conditions à l'exercice du droit de grève, que lancer une grève que les autorités considéreraient d'emblée comme légale s'apparente à une mission impossible. Mais, la loi est d'abord une affaire de rapport de forces. Et en l'occurrence, les ouvriers de Ford ont déjà une certaine expérience de la chose.

Les " Fordovtsy ", comme on les appelle, ont déjà fait grève en mars, puis en décembre 2006. Chaque fois, leurs revendications portaient aussi bien sur les salaires que sur les conditions de travail. Et chaque fois, ils ont au moins obtenu un recul partiel de leur direction, le salaire moyen passant ainsi de 15000 à 17000 roubles (environ 500 euros).

La direction, les autorités, et certains correspondants de presse occidentaux en Russie présentent les grévistes comme des " privilégiés ", puisque la moyenne des salaires ouvriers du pays serait de 10000 roubles (300 euros). À cela, les grévistes de Ford avaient répondu par avance, lors d'une précédente grève, en publiant et comparant leurs salaires avec ceux de leurs directeurs d'atelier (payés jusqu'à vingt fois plus qu'un ouvrier) et aussi avec le coût de dépenses courantes : louer une chambre en ville coûte ainsi 40% de son salaire à un ouvrier.

Ford, comme d'autres constructeurs automobiles occidentaux, avaient commencé, ces dernières années, par exporter des voitures vers la Russie en misant sur l'attrait des " belles étrangères " aux yeux des Russes les plus fortunés. Puis, avec la consolidation d'une petite bourgeoisie disposant de revenus relativement élevés dans les grandes villes, les firmes étrangères en sont venues à faire assembler certains de leurs modèles sur place pour cette clientèle solvable.

Cela leur semblait une très bonne affaire. L'État central ayant choisi de ne plus soutenir l'industrie automobile russe vieillissante, les autorités de Moscou et celles de Saint-Pétersbourg ont proposé des usines aux firmes étrangères. Cela a d'autant moins coûté à ces firmes que, les salaires locaux étant fort bas, elles ont pu économiser sur les chaînes d'assemblage et autres machines-outils, au point de se vanter, tel Renault, de sortir des Logan de son " usine entièrement manuelle ", Avtoframos à Moscou !

C'est avec de " l'huile de coude ", la sueur de leurs ouvriers, que les Ford, Renault et compagnie produisent des véhicules et de substantiels profits en Russie. Alors, il ne faut pas s'étonner que les grévistes de Ford Vsevolojsk dénoncent le manque d'hygiène et les accidents de travail ; l'absence de congés payés, même le peu que la loi russe est censée garantir ; les heures supplémentaires obligatoires les jours dits de repos ; l'absence de convention collective, de règlement intérieur, voire de contrat d'embauche écrit ; les salaires jamais relevés pour les ouvriers... sauf quand ils se mettent en grève.

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