Michelin –Clermont-Ferrand : Champion du monde... des bas salaires20/12/20062006Journal/medias/journalnumero/images/2006/12/une2003.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Michelin –Clermont-Ferrand : Champion du monde... des bas salaires

Depuis quelque temps, à l'usine Michelin SODG de Clermont-Ferrand, une des usines du groupe spécialisée dans les pneus haut de gamme, on discute sur les salaires. Lundi 11décembre, premier jour des négociations salariales, la CGT a lancé un appel national à débrayer sur tout le groupe.

Dans l'équipe du soir, plusieurs salariés ont arrêté le travail pendant deux heures. Les délégués CGT ont fait le tour de l'équipe de nuit, qui a débrayé deux heures à son tour. Plusieurs salariés de cette équipe, souhaitant que cette action soit suivie sur plusieurs jours, ont voté dans ce sens. Dans l'équipe du matin, les travailleurs étaient deux fois plus nombreux à décider d'attendre l'équipe suivante.

Ainsi des assemblées générales informelles s'improvisèrent à chaque relève. Ce fut l'occasion de se voir et de discuter de la suite. Une augmentation de 150 euros net par mois pour tous fut votée, ainsi que la poursuite des débrayages en fin d'équipe.

Michelin a augmenté de 45% en deux ans les dividendes distribués aux actionnaires et il nous propose 2,8%! Ses bénéfices en 2005 représentent 889 millions d'euros, soit 600euros par mois et par salarié de l'ensemble du groupe. Alors ces 150 euros, c'est vraiment le minimum que l'on puisse réclamer.

Une deuxième réunion de négociation salariale étant prévue le lundi suivant, l'idée de continuer les débrayages jusqu'aux équipes du week-end faisait son chemin.

Mardi 12 décembre à midi, nous sommes allés à plusieurs voir la direction, qui nous a répondu qu'il faut prendre en compte les contraintes et le «contexte économique»; ajoutant même que Michelin n'est pour rien dans la perte de notre pouvoir d'achat. Quand on sait qu'avec six ans d'ancienneté, on touche à peine 1250 euros et que beaucoup sont juste au smic, on mesure le mépris que cette direction nous porte.

Parallèlement, pendant toute la journée de mardi, Clermont-Ferrand fut inondé de publicité sur Michelin, champion du monde de Formule 1, avec comme point culminant la démonstration d'une F1 dans les rues de la ville. Mais comme l'ont dit certains d'entre nous, si Michelin est champion du monde, c'est des bas salaires.

Jeudi 14 décembre, un barrage filtrant fut organisé devant l'usine entre 13 et 15heures. Des salariés des trois équipes purent ainsi se retrouver. Des camions desservant une usine Michelin furent retenus et nous pûmes informer nos camarades de cette usine ainsi que ceux de l'entreprise située à côté.

À 15 heures, nous sommes retournés à plusieurs dizaines dans les couloirs de la direction. Le responsable du personnel n'a pas voulu nous recevoir tous ensemble et a fini par s'enfermer dans son bureau. Mais il fut obligé d'écouter nos revendications reprises en choeur: «C'est 150euros qu'il nous faut!» et «Michelin t'as plein d'blé, va falloir en lâcher!». Les débrayages continuèrent pendant le week-end jusqu'à la réunion de lundi.

Si la direction n'a rien lâché à l'issue de cette réunion, ses fréquents passages dans les ateliers durant la semaine montraient qu'elle était dans ses petits souliers. Cela a renforcé une minorité de travailleurs dans l'idée qu'il fallait continuer l'action.

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