Liban : Au bord de la guerre civile?07/12/20062006Journal/medias/journalnumero/images/2006/12/une2001.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Liban : Au bord de la guerre civile?

Depuis le 1er décembre, ce sont des dizaines de milliers de personnes -voire des centaines de milliers selon les organisateurs -qui occupent les abords du Grand Sérail, le palais du gouvernement libanais. À l'appel du Hezbollah et des autres partis chiites, mais aussi de leur allié le Courant Patriotique Libre (CPL) du général chrétien Michel Aoun, ils demandent la démission de l'actuel gouvernement de Fouad Siniora. On peut se demander si la crise va déboucher sur une guerre civile comme celle qui a déchiré le Liban entre 1975 et 1990.

La gouvernement de Fouad Siniora est dominé par les forces dites «du 14 mars», regroupement de partis chrétiens d'extrême droite comme les Phalanges et les Forces Libanaises, du parti sunnite «Courant du Futur» dirigé par Saad Hariri -fils de l'ancien Premier ministre assassiné Rafic Hariri- et du leader de la communauté druze Walid Joumblatt. Ce regroupement s'est affirmé ouvertement comme l'allié des États-Unis et de la France. Ses dirigeants avaient l'illusion que, dans le cadre des projets de «nouveau Moyen-Orient» de Bush et avec l'appui de celui-ci, ils pourraient l'emporter sur les fractions de la bourgeoisie libanaise plus liées à la Syrie ou à l'Iran, et notamment en finir avec le Hezbollah, le parti islamiste particulièrement implanté dans la population chiite du Liban Sud.

Mais les ambitions des dirigeants du «14 mars» se sont heurtées à la réalité. Durant l'été, l'attaque israélienne contre le Liban pour tenter de détruire les forces du Hezbollah s'est soldée par un échec. Le parti chiite en est sorti politiquement renforcé tandis que les forces du «14 mars», qui avaient souhaité qu'Israël les débarrasse du Hezbollah, faisaient pâle figure.

Parallèlement, la situation en Irak témoigne chaque jour de l'échec de la politique américaine au Moyen-Orient. Les dirigeants US, qui prétendaient remodeler la région contre la volonté des régimes syrien et iranien, voire en les abattant, en sont à se demander comment ils pourraient obtenir leur aide et se sortir de ce bourbier. Ils apparaissent comme encore moins en situation d'intervenir au Liban au secours de leurs alliés du «14 mars».

C'est dans le cadre de ce nouveau rapport de forces que le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, demande soit des élections anticipées, soit la constitution d'un gouvernement libanais d'«Union nationale» qui lui fasse une plus grande place et donne aux ministres chiites une minorité de blocage. Celle-ci permettrait, entre autres, d'empêcher la mise en place du Tribunal International impulsé par l'ONU pour juger l'assassinat de Rafic Hariri.

Un tel gouvernement ferait surtout de la place à Michel Aoun. Ce dirigeant chrétien, qui s'est dissocié des forces du 14 mars en se faisant l'allié du Hezbollah, tente ainsi de jouer le rôle d'arbitre entre les forces du 14 mars et les partis chiites, entre les alliés des États-Unis, de la France et des régimes arabes pro-occidentaux d'une part, et ceux de Damas et Téhéran d'autre part.

L'épreuve de force dans les rues de Beyrouth reflète ainsi non seulement les clivages de la société libanaise, mais aussi l'affrontement entre les différentes puissances régionales et les puissances impérialistes. Dans ce contexte, la lutte pour quelques ministres de plus dans un gouvernement libanais qui de toute façon n'a guère de pouvoir peut sembler un enjeu dérisoire. Sur ce plan d'ailleurs, un compromis peut être trouvé. Les tentatives de médiation se multiplient, de la Ligue arabe au Premier ministre turc. Mais c'est maintenant au sein même de la population libanaise que l'affrontement peut éclater.

Un jeune militant chiite a été tué dimanche 3 décembre par balles dans un quartier sunnite. La tension entre les différentes communautés, et notamment entre sunnites et chiites, est telle que les habitants de quartiers mixtes ont commencé à déménager. Le Liban, ce pays où les différentes communautés religieuses ont été élevées au rang d'institution au temps du colonialisme français, pourrait de nouveau sombrer dans des luttes inter-communautaires qui, cette fois, n'opposeraient plus seulement chrétiens et musulmans, mais musulmans sunnites alliés des chrétiens et musulmans chiites, alliés éventuellement d'autres chrétiens.

Malheureusement, dans cet affrontement qui pourrait devenir sanglant, les intérêts des classes populaires du Liban ne sont représentés par aucun des clans qui se disputent le pouvoir.

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