Un an après les incendies de taudis, rien n’a changé31/08/20062006Journal/medias/journalnumero/images/2006/09/une1987.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Un an après les incendies de taudis, rien n’a changé

L'incendie des logements taudis de Roubaix, causant six morts, rappelle les incendies tragiques de mars et août 2005 à Paris, qui avaient fait une cinquantaine de victimes, dont de très nombreux enfants en bas âge. Devant l'émotion soulevée, le gouvernement et la Ville de Paris avaient annoncé chacun ses propres mesures d'urgence. Un an après, le bilan de leurs actions est accablant.

Côté gouvernemental, Villepin avait promis 5000 logements d'urgence avant la fin mars 2006. Non seulement aucun n'a encore été construit, mais aucun ne le sera. On ne parle plus aujourd'hui, selon Le Monde, que de «500 habitations de type modulaire que le bailleur social Sonacotra mettra à disposition pour répondre à des situations de crise». Autrement dit 500 baraquements de chantier, et seulement en cas de «crise».

À part cela, deux mesures encore plus dérisoires, même si elles seraient certainement utiles, avaient été promises: le vote d'une loi rendant obligatoire l'installation de détecteurs de fumée et le lancement d'une campagne d'information sur les précautions à prendre en situation dangereuse et les premiers gestes anti-incendie à connaître. La loi est bloquée à la porte du Sénat et la campagne d'information en est toujours au stade de la promesse.

La Ville de Paris semble en avoir fait un peu plus. Elle s'est occupée de faire reloger 3200 familles depuis 2001 et s'est engagée à en reloger 1000 autres d'ici à 2007. Elle se targue aussi d'avoir consacré une quarantaine de millions d'euros à la lutte contre l'habitat insalubre en 2005, qu'elle donne à comparer au un ou deux millions par an sous l'ancienne mandature. C'est certes mieux. Mais comme l'a fait remarquer le dirigeant du DAL Jean-Baptiste Eyraud, «elle a gagné beaucoup d'argent avec la spéculation immobilière et les droits de mutation», 800millions d'euros seulement pour 2005.

Et puis même avec ça, on est encore loin d'avoir résolu le problème des taudis dans la capitale, on ne peut même pas réellement parler d'une politique d'«urgence», qui impliquerait que les choses changent vraiment vite.

Sur les 630 hôtels meublés recensés sur Paris, il est vrai un peu plus contrôlés, 148 ont été signalés pour leur dangerosité et 12 ont dû être frappés d'un arrêt de fermeture. Tout une partie de ces hôtels vivent d'ailleurs du choix politique fait au plus haut niveau qui consiste à faire payer aux services sociaux des nuits d'hôtel à des personnes en difficulté, parfois des mois et des années durant, plutôt que de construire des logements sociaux en nombre suffisant ou même de louer tout simplement des appartements.

Au total, entre 10000 personnes, selon la municipalité, et 30000, selon la Préfecture, vivent dans une situation de très grande insalubrité dans la capitale et on parle d'un millier d'immeubles insalubres. Mais sur les 696 immeubles privés insalubres que la Ville avait recensés en 2002, 40% seulement seraient «en cours de rénovation» sans qu'on sache ce que cela recouvre. Car parfois il ne s'agit que de mesures strictement minimales, qui ne changent pas fondamentalement les choses, comme le montre l'exemple cité par Le Parisien du 26 août, qui cite le cas d'un hôtel du XIearrondissement qui a vu son arrêté de fermeture abrogé après quelques travaux, mais où les familles s'entassent toujours dans des pièces de dix mètres carrés, avec le lit jouxtant la plaque chauffante.

Selon d'autres chiffres, la Ville de Paris détient 500 bâtiments dont la rénovation ne sera pas achevée avant 2010.

Car une des méthodes utilisées pour lutter contre l'habitat insalubre consiste à faire racheter les immeubles par les municipalités, qui n'en ont pas toutes les moyens, et avec tout ce que cela comporte de lenteurs, de procès pour déterminer le prix d'achat...

On est loin, avec ça, d'une politique d'urgence. La vérité c'est que les pouvoirs publics ont d'autres priorités que de s'occuper de résoudre les problèmes de la population la plus pauvre. Pour elle, ils préfèrent souvent recourir aux effets d'annonce et à l'esbroufe.

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