Archipel des Comores : Un nouveau président mais aucun espoir pour la population14/06/20062006Journal/medias/journalnumero/images/2006/06/une1976.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Archipel des Comores : Un nouveau président mais aucun espoir pour la population

À peine le nouveau président comorien, Ahmed Abdallah Sambi, a-t-il été élu et investi le 28 mai dernier, que Chirac le félicitait, espérant qu'il serait à même de maintenir l'unité de l'archipel.

Ancienne colonie française située dans l'océan Indien, entre les côtes de Madagascar et celles d'Afrique de l'Est, l'archipel des Comores compte quatre îles, la Grande Comore, Anjouan, Mohéli et Mayotte. Les trois premières sont devenues indépendantes en 1975, alors que Mayotte choisissait, elle, de rester dans le giron de la France.

Ces îles ont été le théâtre des macabres exploits d'un mercenaire français, Bob Denard, qui y a organisé plusieurs coups d'État. En 1975, il orchestra le renversement d'Ahmed Abdallah (un quasi-homonyme de l'actuel président), puis le remit en selle trois ans plus tard, avant de l'assassiner quelque temps après. En 1978, il déposa Ali Soillih, qui lui aussi fut assassiné. Bob Denard fomenta un dernier coup d'État en 1995 contre Saïd Mohamed Djoar. Le gouvernement français se sentit alors obligé d'intervenir pour libérer Djoar et lui trouver refuge dans l'île de la Réunion.

Les élections qui viennent d'avoir lieu se sont déroulées sous contrôle d'une force armée de 800 hommes dépêchée par l'Organisation de l'Unité Africaine. Elles s'inscrivaient dans un processus dit de «réconciliation nationale» qui a donné naissance à une «Constitution de l'Union des Comores», censée cimenter l'unité des trois îles, mise à mal en 1997 par une proclamation d'indépendance faite par Anjouan. Certains de ceux qui à cette époque demandaient la séparation d'avec la Grande Comore, réclamaient un rattachement avec Mayotte, aussitôt refusé par la France. L'ancienne puissance coloniale ne voyait aucun intérêt à resserrer les liens avec une autre île de l'archipel, Mayotte lui suffisant pour affirmer sa présence dans cette partie du monde. Et comme rien, dans les productions comoriennes, n'avait un quelconque attrait pour les bourgeois de France, ces îles sont restées dans un abandon presque total, tentant de survivre avec quelques productions agricoles, dont la vanille.

Aujourd'hui, la population comorienne vit dans un état de grande pauvreté. L'espérance de vie est de moins de soixante ans. La mortalité infantile atteint 76 pour mille. Le tiers des enfants de moins de cinq ans présentent un retard de croissance. La récente flambée du prix du pétrole a encore enfoncé les 770000 habitants de ces îles dans le cercle infernal de l'appauvrissement. Rien d'étonnant alors que beaucoup de Comoriens, notamment les Anjouanais, voulant fuir la misère, tentent de gagner l'île proche de Mayotte, sur les embarcations de fortune et souvent au péril de leur vie.

Voilà où est le véritable problème du gouvernement français. Et quand Chirac félicite le nouvel élu en l'assurant de «la disponibilité de la France à appuyer ses efforts», ce n'est certainement pas pour que la population des Comores ait accès à un mieux-être, mais plutôt pour que ses gouvernants aient l'autorité nécessaire pour l'empêcher de tenter de fuir sa misère.

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