Stora – Corbehem(Pas-de-Calais) : Les licencieurs vont-ils tomber sur un bec?24/05/20062006Journal/medias/journalnumero/images/2006/05/une1973.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Stora – Corbehem(Pas-de-Calais) : Les licencieurs vont-ils tomber sur un bec?

Le jeudi 18 mai, la direction de Stora à Corbehem dans le Pas-de-Calais avait convoqué les délégués pour préparer l'ouverture du livreIII, c'est-à-dire une nouvelle étape vers le licenciement de 600 travailleurs sur les 930 actuellement employés dans cette usine de fabrication de papier.

La direction pouvait penser que tout se passerait tranquillement pour elle. Elle a l'habitude d'une intersyndicale qui refuse de parler de luttes ou de revendications et qui se contente de vouloir racheter les deux machines qu'elle veut arrêter pour «sauver le site industriel et préserver au moins 200emplois sur les 600». Cette intersyndicale (CGT, CFDT, CFTC, FO, CGC) s'est totalement investie dans une associations, «les géants de papier solidaires», le LGPS. Les délégués qui composent le LGPS ne discutent pas avec les travailleurs, mais passent beaucoup de temps en réunions avec les industriels, les politiques, les directeurs de supermarchés, les cabinets d'études, pour tenter de peaufiner un projet de fabrication de sacs en papier à base de chanvre pour les magasins. Ils font des stages de créateurs d'entreprise et tentent de convaincre les «décideurs» que leur projet est viable. Ils réclament auprès de Stora la possibilité de racheter les deux machines que l'usine veut arrêter.

Justement, Stora vient d'accepter cette revente pour douze millions d'euros. Le LGPS se dit prêt à payer, «même si cela entraînera des frais supplémentaires», et envisage que des salariés licenciés investissent leur future prime de licenciement dans l'affaire. Un comble, puisque Stora comptait tout bonnement se débarrasser à la fois de deux machines et des travailleurs qui les faisaient tourner!

Mais le 18 mai, rien ne s'est passé comme le prévoyait la direction. Deux cents travailleurs ont arrêté les machines et quitté le travail. Il n'y avait pas d'appel des syndicats, qui demandaient trois semaines pour élaborer un cahier de revendications. Les travailleurs en ont rédigé un en deux heures et ils ont envahi la salle de réunion avec de grandes pancartes «Ne bradez pas le plan social contre le LGPS» et aussi pour réclamer «150000 euros pour survivre», ce qui est leur revendication principale, car ils considèrent que Stora peut payer.

Et en effet, les profits de Stora sont en hausse de 60,5% pour le premier semestre 2006. Ils se montent à plus de 194millions d'euros. L'an dernier, le groupe Stora international a distribué 335millions d'euros à ses actionnaires. Et alors même que le groupe licencie en France, en Finlande et au Canada, il investit cent millions d'euros pour construire une nouvelle usine en Chine.

Tout cela, les travailleurs le savent, certains d'entre eux ont formé un groupe qui a pris l'habitude de faire circuler les informations et de s'adresser à tous par tracts et par affiches. Ceux qui ont créé ce «Front de Libération Anti-Actionnaires», le FLAA, sont des travailleurs écoeurés à l'idée que les actionnaires puissent les jeter à la rue aussi facilement. La plupart d'entre eux en veulent aux syndicats, qu'ils accusent de faire passer l'association et son projet avant leurs revendications. Mais ils ont en même temps l'espoir de peser sur les délégués pour les obliger à changer.

Ce n'est pas la première fois qu'un coup de colère se produit dans l'usine. Mais c'est la première fois que des revendications précises sont formulées, et que des travailleurs les expriment eux-mêmes directement face au directeur et aux représentants du groupe, mais aussi face aux délégués du personnel. Les choses sont peut-être en train de changer dans l'usine, et c'est tant mieux car il est temps: les licenciements sont prévus pour le mois de septembre.

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