Safet – Verneuil-sur-Avre (Eure) : 220 emplois supprimés sur 320!18/05/20062006Journal/medias/journalnumero/images/2006/05/une1972.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Safet – Verneuil-sur-Avre (Eure) : 220 emplois supprimés sur 320!

L'annonce par le tribunal de commerce du choix d'un repreneur, qui ne garderait que 110 ouvriers et ouvrières sur 320 à l'usine d'emballages métalliques Safet de Verneuil-sur-Avre, a profondément ébranlé non seulement les travailleurs concernés mais aussi une bonne partie de la population locale.

Presque tout le monde a ici un proche qui travaille, ou a travaillé, ou envisageait de travailler à la Safet. Et ceux de la Safet ont pour beaucoup des parents, conjoint, frère, oncle, dans les autres usines de la zone. Il est difficile dans ces conditions de ne pas se sentir touché. Sans parler des commerçants qui savent à quel point leur existence est liée à celle de la population ouvrière (ils ont fermé boutique lors d'une manifestation et le directeur d'une grande surface a offert à manger aux ouvriers).

Dans l'usine, l'abattement qui a suivi l'annonce s'est accompagné d'un arrêt total du travail, une sorte de grève sur le tas. De petits groupes de discussion se sont formés spontanément dans les ateliers. L'appel du secrétaire du syndicat (FO) à reprendre le travail, afin de ne pas effrayer le repreneur et de «sauver» au moins les 110 emplois restants, a été mal accueilli. Un travailleur a désavoué l'attitude du secrétaire syndical. Il a été applaudi. Plusieurs autres sont alors intervenus pour mettre en cause la façon dont il avait négocié les licenciements. Il faut dire qu'il n'est prévu aucun plan social, si ce n'est la mise en place d'une cellule dite de «reclassement» dont tout le monde sait qu'elle ne servira à rien, dans une région où beaucoup d'entreprises connaissent des plans sociaux. Les travailleurs ont donc décidé de continuer la grève. Au moins jusqu'à ce que le repreneur ait fourni la liste nominative des licenciés.

Durant deux jours les discussions sont allées bon train, mais seuls quelques dizaines d'ouvriers et surtout d'ouvrières se sont un peu fait entendre, en manifestant devant l'usine, demandant aux automobilistes de manifester leur soutien à grands coups de klaxon, certains en s'asseyant sur la chaussée. Malgré un climat général plutôt fataliste, la direction, tout de même un peu inquiète de réactions toujours possibles devant une situation aussi dramatique, avait fait venir les gendarmes dans l'usine. Ils stationnaient à côté du panneau sur lequel le secrétaire du syndicat devait afficher la liste.

Dès l'affichage, ce fut la consternation. Des ouvrières se sont effondrées en pleurs, d'autres sont partis sans rien dire mais la rage au coeur. Le lendemain il y eut encore quelques réactions. Une poignée ont brûlé leurs blouses à l'arrivée de la nouvelle direction. Ils tenaient à protester contre les injustices les plus criantes: une femme seule avec deux enfants à charge, un jeune viré au profit d'un travailleur pourtant au seuil de la retraite, etc.

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