Nestlé Waters (88) : La goutte d’eau de trop10/05/20062006Journal/medias/journalnumero/images/2006/05/une1971.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Nestlé Waters (88) : La goutte d’eau de trop

Depuis le 24 mars les travailleurs de Nestlé Waters (Vosges) -deux mille salariés des usines d'eau embouteillée de Contrexéville et Vittel- sont en lutte pour dénoncer leurs conditions de travail et le blocage de leurs salaires. Depuis cette date il ne se passe pas une semaine sans que l'intersyndicale CGT-CFDT-CFTC-FO des usines appelle à des débrayages, manifestations -la plus importante a regroupé 750 travailleurs.

C'est le licenciement d'une ouvrière qui a fait déborder le vase. Elle avait arrêté la chaîne, en dépit des consignes de la hiérarchie, après avoir constaté un défaut d'étiquetage sur un lot de bouteilles. Si le débrayage a été immédiat, c'est que l'exaspération montait depuis des mois du fait de la dégradation constante des conditions de travail.

Les usines de Contrexéville et Vittel ont été rachetées par le groupe Nestlé, l'un des géants de l'agro-alimentaire, en 1992. Après plusieurs plans de réductions d'emplois dans les années quatre-vingt-dix, de nouvelles restructurations ont eu lieu depuis deux ans. Les sites de production ont été regroupés sous la marque «Nestlé Waters». En 2004, le groupe Nestlé annonce un plan de 1047 suppressions d'emplois d'ici 2007 -essentiellement par des départs en préretraite - sur les 4100 salariés du groupe (Contrexéville-Vittel et Vergèze dans le Gard) dont 660 dans les Vosges.

Par ailleurs, pour mieux concentrer la production, des pipe-lines ont été percés entre Vittel et Contrexéville (5 km de distance) pour que les installations puissent être utilisées indifféremment pour la mise en bouteille de l'une des deux eaux.

Une nouvelle direction a été mise en place dans les Vosges, chapeautée par un jeune loup qui a lancé la chasse aux économies par tous les moyens. 350 travailleurs sont déjà partis en préretraite, il a été mis fin aux contrats CDD qui renforçaient les équipes à partir du printemps.

Pour faire face à ces départs massifs une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences est mise en oeuvre (GPEC), les équipes sont réorganisées avec une flexibilité à outrance, les heures supplémentaires pleuvent. Les services périphériques (entretien, gardiennage...) sont donnés à la sous-traitance et les travailleurs qui effectuaient ces travaux sont mis à l'embouteillage après une rapide formation. Ce changement brutal et rapide des conditions de travail -passage au travail en équipe avec cadences à la clé -est très mal vécu.

Un projet de réforme du mode de rémunération, «au mérite», se met parallèlement en place: le niveau général des salaires serait réduit par la remise en cause des avantages à l'ancienneté. Le différentiel entre ce qui est acquis et le nouveau barème serait «racheté» par la direction sur une période de quatre ans et versé sous forme de prime au salarié. En échange de cette arnaque, le niveau général des salaires serait abaissé de 30%!

Cerise sur le gâteau, pour «aider» les départs «naturels» le nouveau directeur impose des méthodes d'encadrement despotiques ponctuées de slogans, «fini le social» et «on va vous apprendre à travailler»! Harcèlement, multiplication des entretiens préalables à licenciement, menaces, tous les moyens sont bons.

Le hic c'est que cet apprenti dictateur a trop poussé le bouchon. Son bilan aujourd'hui c'est d'avoir mis en grève les deux plus importantes usines du groupe Nestlé. Les revendications des travailleurs sont claires: embauche de personnel, arrêt de la flexibilité et des pressions à tous niveaux, arrêt des reclassements tous azimuts, rattrapage des salaires.

Face à ce profond mouvement de colère la direction a orchestré toute une propagande sur «la tentative de sabotage» de l'intersyndicale, en passant allègrement sous silence qu'en 2005 par rapport à 2004 les ventes des usines des Vosges ont progressé de 8,8% et la productivité de 24,4%. Quant aux résultats financiers des trois marques -Contrex, Vittel, Hépar -ils progressent de 13%. Nestlé a donc bien les moyens de payer. Alors, les travailleurs de Nestlé Waters (Vosges) ont raison de se battre, ils n'ont pas d'autre choix s'ils ne veulent pas voir encore régresser leurs conditions de travail et de vie.

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