Nous sommes tous des travailleurs immigrés!04/05/20062006Journal/medias/journalnumero/images/2006/05/une1970.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Editorial

Nous sommes tous des travailleurs immigrés!

Après une première loi sur l'immigration en 2003, Sarkozy remet ça. Comme l'ont fait, depuis trente ans, tant de ses prédécesseurs au ministère de l'Intérieur, qui prétendaient tous réguler l'immigration en limitant en général les droits des immigrés.

Comme si l'immigration posait un problème! Mais depuis au bas mot un siècle, l'économie de ce pays ne tournerait pas sans l'apport d'un courant permanent d'immigrés. La classe ouvrière de ce pays a toujours été composée, pour une part importante, de travailleurs venus d'ailleurs, du Maroc, d'Algérie, de Turquie, d'Afrique noire ou d'Asie et, avant eux, du Portugal, d'Espagne, d'Italie, de Pologne ou d'ailleurs.

Et il en est ainsi de tous les pays industriels. Aux États-Unis par exemple, où les immigrés originaires d'Amérique latine, clandestins ou pas, en refusant de travailler et d'acheter un 1ermai -qui, aux États-Unis, n'est pas férié-, viennent de montrer que, sans eux, l'économie tourne au ralenti.

Dans la concurrence que Sarkozy, LePen et Villiers se livrent pour capter les votes de l'électorat d'extrême droite, non seulement ils nient cette réalité, mais ils rendent même l'immigration responsable de tous les maux de la société, du chômage en particulier. Comme si les licencieurs étaient les travailleurs immigrés, et pas les patrons! L'immigration leur sert d'épouvantail, pour ne pas s'en prendre à la véritable cause du chômage: aux bénéfices des grandes entreprises qui explosent, en pesant sur les revenus du travail, en diminuant les effectifs, en intensifiant la pénibilité du travail.

La loi que le gouvernement propose aggrave les conditions d'obtention de la carte de séjour, au point de rendre pratiquement impossible pour un sans-papiers la régularisation de sa situation, même s'il peut justifier de dix ans de présence dans le pays. Des milliers de sans-papiers seront condamnés à le rester jusqu'à la fin des temps, à la merci des rafles et des expulsions.

Mais la loi rendra plus dure la vie de tous les travailleurs immigrés, même ceux avec papiers, en interdisant pratiquement le regroupement familial, en fragilisant leur situation.

Sarkozy et ses semblables savent que les chaînes de production des grandes entreprises ou encore le bâtiment et les grands travaux ne peuvent pas se passer des travailleurs immigrés. Alors, ils parlent "d'immigration choisie" et proposent de sélectionner les immigrés en fonction des besoins de l'économie. Ce qui signifie, en clair, les importer en fonction des besoins du grand patronat.

Les immigrés devraient être célibataires, en bonne santé, en bonne condition physique, exploitables à merci, sans les frais d'une famille. Et il faudrait en plus qu'ils considèrent le droit de se faire exploiter ici comme un privilège, qu'ils se fassent tout petits et qu'ils acceptent tout!

Cette loi est un coup contre tous les travailleurs car, si le gouvernement parvenait à rendre une fraction de la classe ouvrière plus malléable, c'est l'ensemble des travailleurs qui seraient affaiblis, qu'ils aient la carte d'identité française ou pas.

Alors, il ne faut pas accepter cela. Quelles que soient leur nationalité ou leur origine, tous les travailleurs font partie d'une même classe ouvrière. Il faut qu'ils aient tous les mêmes droits. Y compris le droit de vote dans toutes les élections. Car, en écartant les travailleurs immigrés du droit de voter, c'est une partie de la classe ouvrière qu'on prive de ce droit élémentaire, en favorisant du coup l'électorat réactionnaire. Avant que le suffrage universel s'impose, pendant très longtemps on a imposé le suffrage dit "censitaire", ne donnant le droit de vote qu'à ceux qui disposaient d'un certain revenu, c'est-à-dire les bourgeois petits et grands, en écartant les travailleurs. Eh bien, en écartant les immigrés, on réinvente la même méthode!

Travailleurs immigrés et travailleurs nés en France, c'est notre travail qui fait marcher l'économie! Il faut rejeter toutes les lois contre les travailleurs immigrés et imposer la régularisation de tous les sans-papiers!

Arlette LAGUILLER

Éditorial des bulletins d'entreprise du 2 mai

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