Beauvais : Chasse aux réfugiés28/04/20062006Journal/medias/journalnumero/images/2006/04/une1969.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Beauvais : Chasse aux réfugiés

Depuis environ deux ans, il existe à Beauvais un Collectif Solidarité Migrants qui s'est donné pour objectif d'aider les réfugiés résidant dans ce département.

Ces derniers viennent de pays comme la Somalie, la Mauritanie, le Congo, la Bosnie, dont ils ont fui les guerres ethniques et les massacres. Ce sont souvent des femmes et des enfants, qui ont subi de multiples violences et dont les proches ont été massacrés. Ils arrivent en France sans papiers, sans argent, sans amis et sont en butte à l'administration qui n'a de cesse de les rejeter hors des frontières. Ils ne peuvent compter que sur le soutien de militants comme ceux du Collectif de Beauvais qui récemment a eu à intervenir pour une jeune Congolaise, Frida.

Frida, orpheline, est arrivée en France en juin 2005 avec six autres jeunes Congolaises, qui avaient, comme elle, accepté de suivre un Français. Celui-ci leur avait promis qu'elles pourraient poursuivre leurs études. En fait, c'était un proxénète qui a contraint Frida et ses compagnes à se prostituer à Paris.

Frida s'est échappée au bout d'un mois et a rejoint Beauvais, où elle a été arrêtée et placée en cellule, sans une goutte d'eau pendant des heures en plein mois de juillet. Agée de 14 ans, elle devrait normalement être prise en charge par le Conseil général (dirigé par un président socialiste). La France protège, théoriquement, les mineurs et cette fonction fait partie des attributions des Conseils généraux. Mais l'âge de la jeune fille ayant été contesté, deux radiographies osseuses lui ont été faites: la première lui donne son âge de 14 ans, la deuxième 18 ans.

Bien que peu fiable, la France est l'un des rares pays à utiliser ce type d'examen, et encore, tous les départements ne le font pas.

Après que le juge a décidé que Frida avait 18 ans, la procédure d'expulsion a été lancée. Mais le Collectif Solidarité Migrants a réussi à obtenir de l'administration congolaise un extrait d'acte de naissance prouvant que l'adolescente a bien 14 ans. L'expulsion a alors été repoussée.

En septembre, un juge pour enfants a décidé que l'extrait d'acte de naissance serait un faux manifeste, à cause d'une erreur dans son prénom, orthographié Farida et non Frida! Il a fallu l'intervention énergique d'une avocate et du Collectif pour faire casser cette décision. Une troisième expertise osseuse a été effectuée en février 2006, mais cette fois en présence de militants du Collectif. Frida a cette fois été reconnue mineure et elle a donc été autorisée à séjourner à Beauvais, et à être scolarisée.

La volonté de Sarkozy et du gouvernement de faire la chasse aux réfugiés pour des motifs bassement électoralistes conduit à des situations dramatiques comme celle-là. Mais cela ne pourrait se faire sans une chaîne de complicités actives de la part des membres de l'appareil d'État et sous le regard indifférent, dans le cas de l'Oise, de notables de gauche!

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