Après le retrait du CPE, la situation dans les lycées et les universités12/04/20062006Journal/medias/journalnumero/images/2006/04/une1967.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Après le retrait du CPE, la situation dans les lycées et les universités

Dans les jours qui ont suivi les manifestations réussies du 4 avril, la mobilisation s'est poursuivie. Bien conscients que l'avenir de leur mouvement dépendait de la pression exercée sur le gouvernement, les étudiants ont notamment continué leurs actions les 5, 6 et 7 avril, avec entre autres des "blocages" d'axes routiers ou de voies de chemin de fer, actions largement relatées par les médias.

Mais il y eut aussi, moins médiatisées, de nombreuses initiatives en direction des salariés. Par exemple, le vendredi 7, une quarantaine d'étudiants parisiens se sont rendus à l'usine Snecma de Villaroche (Seine-et-Marne), où les discussions en petits groupes ont succédé aux prises de parole et aux distributions de tracts devant l'usine. La veille, à Argenteuil, 450 lycéens, étudiants, et salariés de l'usine Snecma, de Dassault, d'Alcatel et de Thales avaient manifesté dans une ambiance très chaleureuse. Alors que le gouvernement tergiversait encore sur le sort du CPE, et alors que les confédérations syndicales n'avaient pas fixé de nouvelles échéances, ces actions montraient qu'après plusieurs semaines de mobilisation, des étudiants, des lycéens, de même que des salariés entendaient encore maintenir la pression.

Et même en région parisienne, où les vacances commençaient samedi 8 avril, des étudiants avaient convenu de se retrouver pendant les congés.

Le recul du gouvernement

Lundi 10 avril, dans les établissements qui n'étaient pas en vacances, l'annonce du "remplacement" du CPE a suscité des réactions mitigées. Bien sûr, nombre d'étudiants ont eu la satisfaction de voir que ce CPE, dont le chef du gouvernement avait rabâché qu'il ne serait "ni retiré, ni suspendu, ni dénaturé", était bel et bien passé à la trappe. Mais, pour de nombreux étudiants dans l'action depuis plusieurs semaines, la lutte ne se limitait pas à exiger l'abandon du CPE. Elle englobait aussi le CNE ainsi que l'ensemble de la loi sur l'égalité des chances, notamment les articles autorisant le travail de nuit dès 15 ans et l'apprentissage à 14 ans.

C'est pourquoi, lundi 10 avril, plusieurs assemblées générales, parfois massives, ont voté la poursuite de la grève, notamment à Nantes, Toulouse 2 (Lettres), Grenoble, Limoges, Le Havre, Nancy 2, Tours, Rouen, Montpellier ou Lille 1. La Confédération étudiante (liée à la CFDT), qui n'avait jamais appelé au blocage, s'est empressée d'appeler au "déblocage" et à la reprise des cours... L'UNEF, prudente, adoptait une position attentiste, mais ses dirigeants (proches du Parti Socialiste) souhaitaient eux aussi en finir. Au plan national, seule la Coordination étudiante, dont l'audience reste limitée, appelait clairement à la poursuite du mouvement. Quant aux confédérations syndicales des salariés (CFDT, CGT, FO, FSU, etc.), il n'était pas question pour elles de poursuivre la mobilisation sur le CNE. Thibault pour la CGT et Mailly pour FO se sont contentés d'y faire allusion de façon on ne plus générale dans des déclarations à la presse, alors que le rapport des forces pour engager la bataille sur cette question n'a peut-être jamais été aussi favorable.

Mardi 11 avril, la tendance semblait donc être au reflux dans la jeunesse. D'une part, les manifestations ont rassemblé beaucoup moins de monde que les précédentes mobilisations (600 à Marseille, 1000 à Lyon, 2500 à Paris, 1000 à Rennes, 1000 à Angers, etc.). D'autre part, très peu de lycées étaient désormais touchés, et dans plusieurs universités où la grève avait été massive, comme à Rennes ou Poitiers, la reprise des cours et la fin du blocage étaient votés. Avec à chaque fois de fortes minorités (2000 sur 4300 à Rennes, 1200 sur 2600 à Poitiers, etc.) souhaitant rester en grève pour réclamer l'abrogation de l'ensemble de la loi dite "pour l'égalité des chances" et du CNE.

Mais même parmi les étudiants qui ont repris les cours, c'est plus l'approche des examens qu'un véritable quitus donné au gouvernement qui domine. Car dans l'ensemble de la jeunesse scolarisée, Villepin et consorts sont apparus non seulement méprisants, mais entièrement à la botte du patronat. Et nombre des jeunes qui ont participé à la mobilisation de ces dernières semaines ont appris que, si "la rue ne gouverne pas", elle peut faire reculer un gouvernement réactionnaire et arrogant.

C'est un enseignement que beaucoup retiendront.

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